Ethique & Entreprise


Ecole Boulle – le savoir-faire à la française
octobre 22, 2009, 12:58
Classé dans : Mécénat, entrepreneuriat social

Par nature, les écoles et lieux d’enseignement constituent des foyers d’engagement déterminants pour les activités de mécénat. En France, du fait de l’emprise très forte du système public sur les structures de formation, ces partenariats ont tardé à s’élaborer. Mais face à la concurrence d’établissements européens mieux financés, il devient indispensable à nos lieux d’excellence de s’ouvrir au secteur privé pour maintenir leur attractivité. Réciproquement, les entreprises qui s’engagent dans le financement ou l’apport de compétences à destination de ces établissements jouent pleinement leur rôle social, et en tirent, à moyen-terme, des bénéfices d’image, de qualification de personnel, de préservation de leur patrimoine immatériel, très au-delà des faveurs fiscales qui peuvent les y inciter ponctuellement.

Témoin de cette évolution, la célèbre école Boulle qui a traversé le XXème siècle en défendant l’excellence de l’artisanat français. Née en 1886, et par là contemporaine de la révolution industrielle, elle demeure le creuset ou s’élaborent de nouveaux savoir-faire nourris de l’expérience de gestes séculaires. Cette cohabitation de tous les instants du ciseau à bois et de l’ordinateur, de la terre glaise et des polymères les plus sophistiqués, qui ne manque pas de surprendre le visiteur enfermé dans l’image d’Epinal de la commode portant le nom d’André-Charles Boulle, suppose une ouverture géographique comme économique toujours en renouvellement. Cette excellence a su convaincre partenaires et mécènes de s’engager au service de sa transmission et son développement. Ainsi les maisons Dior, Givenchy, Guerlain, la marque Veuve Cliquot Ponsardin apportent-elles leur dynamique aux enseignements.

Souhaitons que cette vitrine de la tradition et de l’innovation française soit bientôt suivie par d’autres écoles, par des universités, et pourquoi pas ? par les collèges et lycées de la si frileuse éducation nationale !



Servir Dieu ou l’argent ?, par Marc Roche
octobre 21, 2009, 10:04
Classé dans : ethique des affaires | Mots-clefs: ,

La cathédrale Saint-Paul est à moins de dix minutes à pied de la Banque d’Angleterre. Suffisamment loin pour marquer une distance de principe avec les seigneurs de la haute banque, l’édifice reste assez proche pour souligner que l’Eglise n’a rien contre la réussite en affaires à condition qu’elle s’accompagne d’un vernis de rigueur. Cette influence se reflète d’ailleurs par la multitude de charmantes petites églises qui constellent le “mile doré”. L’alliance du protestantisme et du profit a d’ailleurs permis à l’Angleterre de se donner sans complexe au capitalisme de droit divin.

Mais ces jours-ci, le Veau d’or n’a plus bonne presse, même chez les banquiers. Les fortunes d’une nuit aussi vite dépensées sont devenues suspectes. Le luxe tapageur qui, il y a encore un an, avait fait tant d’envieux ne fait plus recette. Et la religion a retrouvé la cote.

L’appel aux banquiers de l’archevêque de Cantorbéry, Mgr Rowan Williams, les invitant à la repentance après la crise mondiale de l’an dernier a été le déclic de ce renouveau spirituel. Le protecteur de la foi leur a notamment rappelé les exigences inconfortables de l’Evangile : ”Nul ne peut servir deux maîtres… Vous ne pouvez servir Dieu et l’argent” (saint Mathieu, 6, 24).

La profession a répondu comme un seul homme à l’injonction du premier des pasteurs. Ainsi,Stephen Green, président du géant bancaire HSBC, a promis d’oeuvrer à l’avènement d’”une vraie culture de l’éthique et de l’intégrité”. Paul Tucker, gouverneur adjoint de la Banque d’Angleterre, a réclamé une mission”socialement acceptable”. Quant à Hector Sants, patron de la Financial Services Authority, il a évoqué sa ”destinée de chrétien” pour justifier son action à la tête de l’autorité de tutelle. Pour sa part, Lord Myners, secrétaire d’Etat chargé de la City, qui devrait quitter le gouvernement aux prochaines élections, a révélé son intention de suivre des cours de théologie. Enfin, Ken Costa, chef de Lazard International, a exhorté ses troupes à utiliser la richesse avec modération.

A la City, sous les coups de la déréglementation et de la mondialisation, le travail, l’enrichissement personnel et la méritocratie étaient devenus les valeurs dominantes. La religion restait du domaine de la vie privée. Dès lors, il n’était plus utile d’être protestant pour faire carrière chez JP Morgan, d’être juif chez Goldman Sachs ou catholique chez Merril Lynch. La dérégulation du “Big Bang” de 1986, la disparition des grandes banques d’affaires britanniques et l’afflux de cadres venus d’Inde, du Proche-Orient ou du Japon avaient eu raison de la prééminence de l’establishment WASP (white anglo-saxon protestant) qui tenait le haut du pavé.

Le krach est passé par là. Le stress provoqué par la dure réalité de la crise a créé de nouveaux besoins spirituels. Beaucoup parmi ceux qui ont échappé au bain de sang (30 000 emplois perdus en 2008, et sans doute 18 000 en 2009) ont mauvaise conscience. L’opinion est en colère contre les bonus, alors que s’aggravent les inégalités. Etre banquier n’est plus à la mode.

Mais trop c’est trop. Cette poussée de morale provoque chez certains un sentiment de nausée. Même de nos jours, pauvreté ne rime pas avec vertu, loin de là.

Selon une récente enquête, Londres, premier centre boursier mondial, a creusé l’avantage sur sa grande rivale, Wall Street. Le World Economic Forum l’a également placée première technopole planétaire du savoir-faire financier.

Or la crise nous a fait oublier une composante essentielle de ce succès. Dans la City, avoir un salaire et une prime de fin d’année mirobolants, c’est exister quand on manie des milliards qu’on ne voit jamais. C’est exister quand on exerce un travail épuisant, perpétuellement entre deux avions et trois réunions aux quatre coins du monde, et souvent peu gratifiant sur le plan personnel. Cet ascenseur social sévit particulièrement dans les salles de marché, l’épine dorsale du retour au profit des banques.

Les professions financières au sens large – banquiers mais aussi avocats, experts comptables et spécialistes des relations publiques – continuent de vivre dans un monde à part, aux normes mentales et références très différentes du commun des mortels.

C’est sans doute la raison pour laquelle leurs dérapages sexuels ont remplacé les frasques des membres de la famille royale ou des députés conservateurs à la “une” des fameux tabloïds. Par exemple, la presse populaire s’est fait l’écho, avec force détails, de l’assassinat par un dirigeant de HSBC de sa femme pour une sordide question de gros sous. Que dire de ce directeur de Goldman Sachs qui a promis à une call-girl une petite fortune pour qu’elle quitte son mari ? Joli petit monde.

Que conclure enfin de la préoccupation publiquement exprimée par Mgr Williams face à un projet européen d’encadrement des hedge funds ? A l’écouter, cette législation communautaire visant à entraver la spéculation menace d’affecter le financement des missions caritatives de l’Eglise anglicane.

La vraie morale de cette histoire, c’est que, au final, l’argent, c’est des actions et des obligations. Des actions pour assurer le développement économique et bâtir la richesse de la nation. Des obligations pour moraliser sa détention.

Marc Roche, Le Monde



Décès de Françis Muguet, père du mécénat global
octobre 19, 2009, 5:01
Classé dans : Mécénat

Françis Muguet, nous l’avons appris ce week-end, vient de décéder. Coauteur de la contribution créative, ce chercheur à l’Université de Genève, ancien de l’École nationale supérieure de techniques avancées (ENSTA), était un membre très actif au sein du Sommet Mondial pour la Société de l’Information (SMSI), d’Open Accès (libre accès aux contenus scientifiques), mais aussi de la rémunération des artistes et la protection des libertés fondamentales.

C’est dans ce dernier cadre qu’il avait mis sur pied le mécénat global avec Richard Stallman, cette proposition destinée à fournir une solution au problème du financement des auteurs des oeuvres téléchargées sur Internet.

Le principe du mécénat global est que chaque internaute verse de manière obligatoire une certaine somme d’argent, cette somme n’est ni une redevance, ni une taxe, et est versée au Fournisseur d’ Accès Internet (FAI). Cette somme est ensuite reversée aux sociétés de gestion des droits d’auteur (SPRD). A notre sens, ce concept élargissait à l’ensemble de la société civile le type d’engagement dont nous voulons nous faire l’écho dans ce blog.

Mathieu Pasquini, qui dirige In Libro Veritas, relate que Francis Muguet est l’un des nombreux auteurs à avoir participé au livre « la bataille Hadopi » qui doit sortir ce 29 octobre. Son sujet traitait justement du Mécénat Global. « J’ai décidé de bouleverser le processus d’impression du livre afin d’insérer une nouvelle page : ce livre lui sera dédié ».

Philippe Aigrain
, cofondateur de la Quadrature du Net lui rend cet hommage : «  Francis explorait avec passion les voies d’un internet démocratique. Il était un innovateur passionné et un ingénieur social. En tant que défenseurs du financement mutualisé de la création, nous n’avons sans doute pas su lui témoigner assez tout ce que nous lui devions tous, malgré des désaccords de détail. Le volet financement de la création de la contribution créative, et plus généralement l’idée d’une mobilisation directe des internautes en faveur d’un financement équitable de la création doivent beaucoup aux principes du mécénat global. Sa mort ne nous permet plus de réparer cette injustice. Que dire ? N’attendons jamais pour dire à un ami ce que nous lui devons. »



Ne pas abuser de la morale – interview d’André Comte-Sponville
octobre 12, 2009, 4:08
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>> La crise financière est aussi, nous dit-on, une crise de civilisation. Etes-vous d’accord?

La crise de civilisation est très antérieure. Il suffit d’aller à Beaubourg, ou dans n’importe quelle galerie d’art contemporain, pour s’en rendre compte : nous vivons dans une société où ne se confrontent guère que le nihilisme et le narcissisme. Le narcissisme d’un côté : « A notre époque, tout le monde ne tend à devenir que le roi de son cul », disait Michel Bouquet. De l’autre, le nihilisme, qui revient à ne s’intéresser qu’à une toute petite partie du réel immédiat. « Je ne m’intéresse qu’à ma bite ou à rien », dit un personnage de Houellebecq. Un autre dira : « Au fric ou à rien », ou « Au pouvoir ou à rien »… Tout cela n’a jamais suffi pour faire une civilisation.

>> Et la crise financière?
Elle est d’une certaine façon entraînée par la crise de civilisation : quand on ne s’intéresse qu’à soi, ou qu’au fric, on prépare la crise.

>> Pourquoi parle-t-on autant de morale dans cette crise?
Dans une crise de civilisation, quand les gens manquent de repères, ils ont besoin de se raccrocher à des valeurs. L’erreur serait de compter sur la morale pour surmonter une crise économique.

>> Vous l’avez écrit :le capitalisme est amoral…
Oui, le capitalisme ne fonctionne pas à la vertu, mais à l’intérêt, personnel et familial. C’est d’ailleurs pourquoi il est si fort. Simplement, si l’égoïsme est formidable pour créer de la richesse, il n’a jamais suffi à faire une civilisation. La crise confirme aussi que le capitalisme est incapable de se réguler lui-même d’une façon moralement et socialement acceptable. Elle confirme enfin que la morale est incapable de réguler le capitalisme : si l’on avait compté sur la conscience morale des patrons pour améliorer le sort de la classe ouvrière, nous serions toujours au XIXe siècle. Cela veut dire qu’il ne reste que la politique, le droit, pour imposer au marché un certain nombre de limites non marchandes et non marchandables. C’est ce que les économistes appellent aujourd’hui le retour des États, que j’appellerai plus volontiers le retour de la politique. Le problème est qu’un déphasage, mortel pour la politique, s’est créé entre l’échelle mondiale de nos problèmes économiques, et l’échelle nationale de nos moyens d’action. Il faut donc se donner les moyens d’une politique à l’échelle du monde. Ce sera long, difficile, mais on avance dans la bonne direction, comme le montre le G20. Mais, le vrai problème restera l’écologique.

>> C’est-à-dire…
Quand on voit ce qui se passe du côté de l’effet de serre, de la raréfaction des ressources, nous sommes confrontés à des défis planétaires. Là, il y a un vrai déphasage entre l’ampleur de la crise écologique, bien plus grave que la crise économique, une crise après d’autres et avant d’autres, et les moyens mis en œuvre.

>> Quand Nicolas Sarkozy parle autant de morale, ne vous prend-il pas votre boulot de philosophe?
Quand un homme politique est en situation d’échec, quand il atteint les limites de son pouvoir, il parle de morale. C’est moi, le moraliste de service, qui le dit aux politiques : il ne faut pas abuser de la morale. Parlez un peu moins de morale, et un peu plus de politique. Deleuze écrit : « Il suffit de ne pas comprendre pour moraliser ». Il est tellement plus simple d’expliquer que la crise vient des méchants traders…

>> Et quand on parle de mesurer le bonheur dans le PIB, comme le prix Nobel Stiglitz?
Daniel Cohen le montre bien dans « La prospérité du vice », le bonheur des gens ne dépend pas de leur niveau de bien-être matériel, mais de la comparaison de ce niveau avec le niveau des années précédentes, de leur enfance, des autres personnes de leur entourage… La course au bonheur est donc une course sans fin, dans une logique du « toujours plus », alors que les limites écologiques de la planète nous l’interdisent. Les politiques sont dans leur rôle de le rappeler. Mais, le bonheur n’est pas à la charge de l’État. : « Que l’État se charge d’être juste, nous nous chargerons d’être heureux », disait Benjamin Constant. Ceci posé, il n’est pas absurde de se donner quelques critères, comme le niveau de violence ou de pollution, pour mesurer une forme de bien-être qui ne serait pas que marchand.

>> On s’indigne des bonus des traders, pas de l’argent des footballeurs…
C’est étonnant… Combien vaut Thierry Henry? Le prix qu’un club est prêt à payer. Combien vaut un trader? Le prix qu’est prête à payer une banque. Ce n’est pas moralement satisfaisant, mais ce n’est pas la morale qui fixe le prix, c’est le marché. Je crois que la vraie question n’est pas celle du salaire maximum, mais de la fiscalisation des sommes versées à ces footballeurs et ces traders.
À ce sujet, j’ai toujours été frappé par la connaissance qu’avaient mes fils, passionnés de football, des salaires des joueurs et des classements. Autrement dit, ils étaient dans une logique de compétition, de hiérarchie. Mais à l’école, on ne leur donnait pas de notes, car c’était considéré comme de l’émulation, chose négative. Pareil pour l’argent, chassé de l’école, omniprésent dans le football. Il faudrait à cet égard que beaucoup de nos enseignants cessent de condamner le capitalisme : cela met nos jeunes gens dans la situation bizarre de penser que la société dans laquelle ils vivent est mauvaise ce qui, en l’absence de modèle alternatif, les place dans une forme de schizophrénie difficile. Pour en revenir à l’émulation, « on ne se pose qu’en s’opposant », disait Hegel : l’émulation me paraît saine.

>> Elle revient, avec ce projet de Martin Hirsch d’argent contre l’absentéisme…
Ah, non! Là, on est dans l’invasion de l’école par le modèle consumériste. L’émulation, c’est : on ne te donne rien, mais tu as la satisfaction d’être premier. C’est une gratification symbolique. C’est au contraire parce que l’émulation ne marche plus, parce que les élèves se fichent d’être premiers, que parfois même être le premier c’est être un « bouffon », dans une sorte de hiérarchie inversée, qu’on se sent maintenant obligé de donner des primes. On retrouve là le foot : quand on chasse l’émulation par la porte de l’école, elle revient par la fenêtre du foot.

>> Les livres changent le monde, dit la publicité d’un éditeur. Vos conseils de lecture?
Epicure, les « Essais » de Montaigne, « L’Ethique » de Spinoza… Des livres qui donnent des raisons positives de vivre. C’est ce que j’essaie très modestement de faire dans mes livres. Beaucoup de gens écrivent « contre », moi j’écris « pour », et j’assume ça tranquillement.



Couronnement de la formation Ariane de Rothschild « Dialogue et entrepreneuriat social »

Nous l’évoquions dans un précédent post : voici un papier plus complet sur un type d’entrepreneuriat social très spécifique, celui qui permet de renforcer le dialogue entre les communautés. Une façon nouvelle de travailler au dialogue. On attend les premiers retours…

L’article est issu du site internet de saphirnews :

Le dialogue judéo-musulman, revu par la fondation De Rothschild

Réunir des jeunes entrepreneurs sociaux de confessions juive et musulmane, tel est le nouveau défi du programme de formation d’Ariane de Rothschild « Dialogue et entreprenariat social », lancé pour la première fois en juillet dernier, à New York, sous l’égide de la fondation Edmond de Rothschild, dont le nom s’est historiquement fait connaître par ses activités bancaires, philanthropiques et par leur soutien au sionisme. Alors que la reconduction du programme l’an prochain semble probable, de nombreuses questions se bousculent quant au contenu et à la pertinence du projet. Firoz Ladak, directeur général de la fondation, et Gaëtan Baudry, un de ses collaborateurs, ont accepté de répondre aux questions de Saphirnews.

Formation Ariane de Rothschild

La soirée de cloture a réuni tous les participants, professeurs et responsables du projet, dont Firoz Ladak (debout au centre) et Ariane de Rothschild (à droite).

Saphirnews : Qu’est-ce qui a poussé Ariane de Rothschild à créer un tel programme ? Quels sont ses objectifs ?

Firoz Ladak : Un des objectifs est de promouvoir le dialogue interculturel et d’explorer les différentes voies possibles au dialogue entre les communautés musulmanes et juives et cela hors contexte du Moyen-Orient. Cela ne veut pas pour autant dire qu’on ignore le sujet parce qu’il fait partie de l’équation des relations entre ces deux communautés. Cependant, nous considérons que le lien entre ces deux communautés peut dépasser le conflit israélo-palestinien. Il ne faut pas que le dialogue soit pris en otage par celui-ci.
Pour ce programme, on s’intéresse particulièrement à la France, à la Grande-Bretagne et aux Etats-Unis. Ces communautés qui vivent dans ces pays connaissent effectivement des questions autour de l’intégration, de la définition de ce qu’est d’être, par exemple, un citoyen français et musulman ou français et juif. Ce sont des questions qui vont beaucoup plus loin que ce qui se passe entre Israéliens et Palestiniens.

Pourtant, les relations judéo-musulmanes ont été très mouvementées en début d’année 2009 avec les attaques israéliennes contre Gaza. Est-ce un moyen, à travers ce programme, de renouer des relations ?

F. L. : Quand l’affaire de Gaza a éclaté, on était en plein processus de recrutement de nos participants. Les événements ont pu impacter quelque part ce recrutement. Cette affaire a creusé un peu plus le fossé entre ces communautés. Chaque personne, qu’elle soit juive ou musulmane, peut avoir une position à l’égard de ce conflit.
Le succès du programme a bien montré qu’on est justement capable d’aller au-delà de ce qui s’est passé à Gaza, même, si durant l’université d’été, les discussions n’ont pas amené les gens à être d’accord, loin de là.

Pourquoi avoir choisi de se centrer seulement sur des jeunes de confessions juive et musulmane ?

F. L. : Il y a clairement un besoin de dialogue et de rapprochement entre ces deux communautés. On a soutenu par le passé différentes initiatives consistant à les rassembler, comme celle qui consiste à rassembler des imams et des rabbins. À chaque projet réalisé, on procède à des évaluations. On a constaté que le fait religieux ne suffisait pas.
C’est la raison pour laquelle on parle de dialogue interculturel et non pas interreligieux. Ceux qui pourraient faciliter les relations et les contacts entre les deux communautés sont des personnes plus jeunes, moins liées par des considérations et des obligations propres à leur organisation représentative, des individus qui se définissent comme juifs ou musulmans de façon beaucoup plus culturelle que purement religieuse.

Comment avez-vous sélectionné les participants ? Quels étaient leurs profils ?

Nous avons reçu plus de 200 candidatures pour une trentaine de places. Il est important de préciser qu’ils sont tous des entrepreneurs sociaux soit qui travaillent dans des organismes non lucratifs, soit qui ont lancé leurs propres start-up. Ce sont des femmes et des hommes travaillant dans des domaines d’engagement social comme l’éducation, l’environnement ou la santé.
Qu’ils soient juifs ou musulmans, ils sont là avant tout pour améliorer leurs compétences en entrepreneuriat social. Ils passent par Columbia, l’une des plus prestigieuse business school au monde, qui leur enseigne comment améliorer leurs compétences en marketing, en stratégie ou en comptabilité.
Quant au volet dialogue, il a été assuré par l’université de Cambridge, qui a produit, durant ces semaines, à New York, un programme axé sur des sujets sociaux, historiques ou culturels qui pouvaient séparer ou unir ces communautés.

Le programme a été plutôt riche en enseignements et a donné une grande place aux visites, aux rencontres et aux conférences, dont une sur l’islamisme et ses origines. Pourquoi pas une sur le sionisme ? Est-ce une forme de parti pris ?

F. L. : Nous n’avons absolument aucune forme de parti pris. La question a été posée par un certain nombre de participants. On envisage de faire un cours, l’an prochain, sur les fondements du sionisme pour rétablir l’équilibre. Au sujet du cours sur l’islamisme, on ne l’enseigne pas tel qu’il est aujourd’hui, car la conférence a été assurée par une historienne de Cambridge.
On n’en a pas fait sur le sionisme cette année simplement parce que les professeurs de Cambridge travaillant sur le programme n’avaient pas forcément les compétences que l’on cherchait. Pour l’an prochain, nous identifierons la bonne personne pour qu’elle puisse rééquilibrer le programme.

Parleriez-vous d’un succès ? Quelles autres améliorations apporteriez-vous pour l’an prochain ?

F. L. : On attend une évaluation complète du programme, qui va nous être fournie rapidement. Mais parler de succès est trop tôt. On en parlera quand il y aura un vrai réseau qui se sera développé avec les fellows, ce qui n’est pas encore le cas.
Néanmoins, on peut dire que le programme était très dense car il s’agissait de compacter, en deux semaines, la dimension business de Columbia avec la dimension sociale de Cambridge. Je pense que les participants avaient du mal à reprendre leur souffle. Si le programme est reconduit, on allégerait le programme et on laisserait plus de place aux ateliers. Tous étaient en demande de temps pour discuter entre eux, ce qui fait partie des principaux objectifs du programme.
Pour les Français, la difficulté était principalement linguistique. Tous ne parlaient pas bien l’anglais, même si on avait testé leur niveau de façon préalable. Ce programme demande aux participants une préparation en amont assez soutenue, ce qui est parfois difficile car certains des fellows étaient complètement occupés par leur travail. On envisage de mettre en place un atelier d’anglais deux mois avant le programme et d’étaler cette préparation dans le temps pour les Français.

Par la suite, entreprenez-vous un suivi de ces fellows ? Et de quelle manière ?

Gaëtan Baudry : Tout l’objectif de cette initiative est de développer un réseau d’entrepreneurs sociaux juifs et musulmans, qui ont tout intérêt à continuer à partager leurs compétences et ses connaissances. Les participants ont été très demandeurs pendant ces 15 jours, mais ils ne veulent pas de formation continue avec des examens par manque de temps. On est donc en train de travailler sur la création d’une plateforme Internet, sur laquelle ils peuvent parfaire leur formation.
On réfléchit à les faire rencontrer des experts sur la création et l’amélioration d’un business plan par exemple, sous forme de conférences-call, qui pourraient intervenir en ligne sur des thématiques, car les participants sont sur trois pays différents. L’entrepreneur social a peu de temps à consacrer à sa formation, donc les formations doivent être efficaces et courtes, voilà à quelles contraintes doit répondre le site. Mais tout cela est en cours d’élaboration.

Selon vous, le fait de s’appeler De Rothschild peut-il s’apparenter à une difficulté qui mine la volonté de certaines personnes de participer au programme ?

F. L. : Je pense que c’est une difficulté à ne pas ignorer. Il y a effectivement une présence De Rothschild en Israël. Mais l’histoire ne sera pas récrite : les Rothschild sont juifs et ils ont eu un impact sur la constitution de l’État d’Israël. Mais rien ne les empêche aujourd’hui de privilégier des actions qui répondent aux besoins actuels se trouvant dans les sociétés occidentales. Par ailleurs, je ne suis pas juif… [M. Ladak est musulman, ndlr.]
Nous avons envisagé des partenariats avec d’autres fondations, notamment musulmanes, pour avoir un vrai équilibre. Pour l’instant, ce n’est pas d’actualité, mais on y travaille.

Quel message souhaitez-vous passer à travers ce programme ?

F. L. : On aimerait contribuer, à notre modeste échelle, à combler un fossé. Ce n’est pas parce qu’on est juif ou musulman que l’on doit considérer l’autre comme un ennemi. L’autre point est d’utiliser l’entrepreneuriat social comme un vecteur de rapprochement. Les États ne peuvent répondre à tous les besoins ; c’est là que des fondations comme la nôtre ont un rôle à jouer.

Pour en savoir plus, voir le site du programme.



Danone crée un business social au Bangladesh
septembre 19, 2009, 10:23
Classé dans : entrepreneuriat social | Mots-clefs: , , ,

Fin 2005, Frank Riboud, PDG de Danone, rencontre Muhammad Yunus. Les deux hommes décident de créer ensemble un social business, concept théorisé par le professeur : une entreprise qui tend à un objectif social et vend ses produits à un prix qui lui permet de s’autofinancer.

Courant 2006 naît La Grameen Danone Food. Cette entreprise produit des yaourts à forte valeur nutritive pour les enfants du Bangladesh, à un prix abordable. Une sorte « d’alicament » qui répond aux carences de leur alimentation, inspiré du traditionnel yaourt bangladais. Ce produit baptisé Shokti Doï (yaourt énergie), dont la mascotte est un lion, est le fruit d’un long travail de recherches par des ingénieurs de l’agro alimentaire en collaboration avec l’ONG Gain. Les effets sont, semblent-t-il, prouvés si un enfant consomme en moyenne deux Shoktidoïs par semaine.

Le modèle industriel se veut lui aussi responsable avec des usines de petites tailles, très faiblement automatisées pour employer un maximum de personnes (une soixantaine). Des panneaux solaires et un système de traitement des eaux usées donnent aux projets un volet environnemental. Chaque usine doit s’appuyer sur le tissu économique local pour créer de l’activité : des fermiers des environs, qui produisent le lait, aux « Grameen ladies » chargées de la distribution dans les villages avoisinants.

L’ambition de Riboud et Yunus est de construire cinquante usines, rien qu’au Bangladesh. Bien sûr, dans le respect du concept de « social business » : les bénéfices potentiels ne vont pas dans la poche des propriétaires (seulement 1%). Ils sont directement utilisés pour améliorer la capacité de production de l’usine et en construire d’autres. Pour financer le projet, Danone a créé un fond d’investissement, Danone Communities, où les membres s’engagent délibérément à financer des projets d’entrepreneuriat social.



L’Agence du don en nature
septembre 16, 2009, 12:29
Classé dans : associations

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L’association ADN tout juste créée en février 2008, a pour mission le développement du mécénat produit dans un objectif de lutte contre l’exclusion sociale et la pauvreté. Elle met en place une plateforme logistique entre le monde associatif et les entreprises : ces dernières font don de leurs produits qui sont distribués, via ADN, à des associations moyennant une participation forfaitaire minime pour compenser les frais logistiques. Ces associations, rigoureusement sélectionnées, font bénéficier de ces produits les publics en difficulté qu’elles accompagnent. Ce processus s’inscrit non seulement dans une démarche de solidarité mais aussi dans une logique de développement durable puisque l’association entend lutter contre la destruction des biens manufacturés qui sortent des circuits commerciaux pour en faire bénéficier les plus démunis. L’association qui démarre son activité en France, compte l’étendre progressivement à l’Europe.

 

En savoir plus: www.adnfrance.org



L’entrepreneuriat social : le meilleur des deux mondes

Pour ceux qui veulent s’engager pour un monde meilleur, et qui veulent y déployer l’ensemble de leurs ressources et de leurs talents, il y a de multiples lieux. Pour certains, le milieu associatif ou les ONG conviennent bien (Emmaüs, Médecins sans frontières, la Croix Rouge), pour d’autre c’est les organisations religieuses, pour d’autre encore la politique, le militantisme ou l’engagement dans la fonction publique, et certains estiment qu’ils œuvrent pour un monde meilleur en apportant au monde qui de l’énergie, qui de l’eau, qui des moyens de transport, qui du rêve, qui un spectacle footballistique… Voici venu un nouvel outil pour améliorer le monde : l’entrepreneuriat social ! Pour les étudiants, les militants, les entrepreneurs, voici une occasion nouvelle… De quoi s’agit-il ?

L’entrepreneuriat social est une approche en faveur du développement économique et social d’une communauté, c’est-à-dire parvenir à enclencher des cycles vertueux qui permettent d’échapper à la trappe à pauvreté ou à la misère ou bien tisser, retisser et solidifier les liens qui font une communauté ou une société. Un beau programme !

Mais quelle est sa spécificité ? Il faut mettre l’accent sur ce que cela n’est pas : ce n’est pas de la charité ou de l’assistanat. L’idée est de refuser l’assistanat et d’appliquer les méthodes et le dynamisme de l’entreprenariat, dans son sens le plus noble. Dans son rapport spécial de mars 2009 consacré à l’entrepreneuriat, le magazine britannique The Economist définit un entrepreneur comme « quelqu’un qui apporte une solution innovante à un problème ». L’entrepreneur social identifie et applique des solutions pragmatiques à des problèmes sociaux en associant innovation, gestion durable des ressources et sens pratique, dans un projet d’entreprise qui se doit d’être lucratif, afin d’échapper à l’assistanat et permettre un développement véritable, c’est-à-dire « autoalimenté ».

L’origine des termes Social Entrepreneur et Social Entrepreneurship revient à Bill Dayton, fondateur de l’association Ashoka en 1984, qui s’emploie à soutenir financièrement et structurellement les actions d’entrepreneurs sociaux novateurs. Mais les premières actions qualifiables « d’entrepreneuriat social » sont beaucoup plus anciennes : Florence Nightingdale, par exemple, définit pendant la guerre de Crimée (1854), les méthodes modernes des soins médicaux. De même, Vinoba Bhave, fondateur du India’s Gift Movement au début du siècle, œuvra contre l’industrialisation massive de l’Inde et les influences Marxistes, et lança des réformes agraires pour aider les paysans sans terres.

Aujourd’hui, la figure majeure de l’entrepreneuriat social est Muhammad Yunus, économiste universitaire de formation, fondateur de la Grameen Bank et Prix Nobel de la Paix en 2006. Il se lance aussi dans le micro-crédit pour aider les paysans indiens les plus pauvres. Il exporte son innovation dans d’autres pays dès 1983 et diversifie son activité (textile, téléphonie, production d’électricité par énergie solaire…). Il a mis en place de nombreux partenariats avec de grandes entreprises, notamment françaises, comme Danone ou Veolia.

L’entrepreneuriat social s’est fortement développé aux Etats-Unis, ou l’expression « Social Enterprise Initiative » a été lancée en 1993 par la Harvard Business School, puis par d’autres grandes universités (Columbia, Yale) et diverses fondations qui mettent en œuvre des programmes de formation et de soutien aux entrepreneurs sociaux et aux entreprises sociales. L’idée d’entreprise sociale désigne principalement des activités économiques marchandes mises au service d’un but social.

En Europe, l’entrepreneuriat social a aussi fait son apparition au début des années 1990 sous une impulsion italienne. En 1991, l’Italie crée en effet un statut spécifique de « coopératives sociales » qui se développent alors fortement, notamment pour répondre à des besoins non ou mal satisfaits par les

Services publics. En France, il s’inscrit dans la continuité de ces initiatives portées par l’économie sociale et solidaire, notamment celles qui ont émergé au cours des dernières décennies : entreprises d’insertion, entreprises adaptées, nouvelles formes de coopératives : Société coopératives d’Intérêt collectif (CIC), services aux personnes, activités liées aux champs de l’environnement et de la solidarité… Les grandes écoles s’y sont mises : l’ESSEC a lancé une Chaire d’Entrepreneuriat Social il y a quelques années (avec Thierry Sibieude de l’Institut Territoires, Entreprises et Société Anne-Claire Pache de l’association Uni-Cité). Récemment, le Parlement des Entrepreneurs d’avenir s’est tenu en France.

Les projets sont nombreux. Ils visent à participer au développement humain. Par exemple, Bill Gates, a quitté sa fonction de PDG chez Microsoft pour se consacrer pleinement à sa fondation humanitaire, Bill-et-Melinda-Gates, qui a pour objectif d’apporter des innovations en matière de santé et d’acquisition de connaissances à la population mondiale. Mais ils cherchent aussi à promouvoir le dialogue et l’échange. Par exemple, les « lauréats Ariane de Rothschild » de la Columbia Business school a rassemblé récemment des entrepreneurs sociaux juifs et musulmans pour un programme de deux semaines afin de les aider à œuvrer à resserrer les liens entre communautés.

Les initiatives et les idées sont donc infinies : l’entrepreneuriat social est un terrain majeur d’innovations pour essayer de dégager de nouvelles façons de sortir de la pauvreté et de tisser des liens…



Schumpeter vs Weber : l’esprit du capitalisme
juin 18, 2009, 3:07
Classé dans : ethique des affaires | Mots-clefs: , ,

Nous ne vivons pas, depuis quelques mois, n’en déplaise à certains, la crise finale du capitalisme, mais le nouvel avatar de l’affrontement entre Joseph Schumpeter et Max Weber.

Schumpeter, l’esprit du capitalisme, la dynamique entrepreneuriale, la passion de la création et la pulsion de l’enrichissement, avec ses à-côtés inévitables, la spéculation, le goût du lucre, la richesse parfois indue. 

Weber, l’éthique du capitalisme, l’ascèse de l’accumulation, le travail de longue haleine, le zèle, la discipline, la satisfaction de la tâche accomplie, avec pour corollaires une rigueur et une rectitude dont à ses yeux le protestantisme constituait le meilleur accomplissement. 

La bataille entre ces deux penseurs qui n’en peuvent mais est naturellement une métaphore, mais elle témoigne de l’exceptionnelle aptitude de l’économie de marché de se perpétuer «telle qu’en elle-même l’éternité la change…». Il n’y a en apparence rien de nouveau sous le soleil, et la crise actuelle paraît d’un classicisme absolu. 

Vieux principe oublié 

Une révolution technologique dont l’enthousiasme pousse à anticiper les effets économiques, au prix de l’oubli d’un vieux principe: les premiers investisseurs se brûlent les doigts, les suivants sauvent les meubles, les troisièmes triomphent. Une bulle spéculative: l’emballement pour les entreprises liées aux chemins de fer il y a cent trente ans n’était guère différent de la vague Internet. Des victimes innombrables, actionnaires qui attendaient la dernière minute pour prendre leur profit, oublieux, suivant la jolie expression de Warren Buffett, plus poète qu’on ne l’imagine, que «s’ils veulent quitter la salle de bal de Cendrillon juste avant minuit, ils n’ont pas d’horloge pour les aider». De nombreux patrons saisis par l’orgueil démesuré; quelques-uns poussés par la cupidité jusqu’à la malhonnêteté. 

Les excès sont dans la nature même du capitalisme: il les porte en lui comme la nuée l’orage. S’ouvre désormais «la période Max Weber», c’est-à-dire l’instauration de nouvelles règles au nom du vieux principe que le marché et la règle du droit constituent l’avers et le revers indissociables du système capitaliste et que, si le premier démarre toujours plus vite, la seconde finit par le rattraper. Chaque spasme suscite, sur le plan de la réglementation, sa mode. Une fois une application plus stricte des mécanismes de protection de la concurrence; une autre fois, du moins aux États-Unis, la distinction des métiers de banque commerciale et de banque d’investissement. Aujourd’hui, la fiabilité des comptes et l’instauration de contre-pouvoirs dans l’entreprise. Comme dans les cycles précédents, les mesures prises une à une peuvent paraître dérisoires, mais, globalement, elles exerceront cahin-caha leurs effets. 

Manoeuvre d’intimidation 

La fonction d’administrateur ne se pratique déjà plus, même en France, comme il y a cinq ans, alors que la vague réglementaire, venue de New York, ne nous a pas encore touchés. Les commissaires aux comptes commencent à être moins indulgents, se vengeant à bon droit de l’arrogance avec laquelle, dans le passé, les directeurs financiers les réduisaient en charpie. 

Et enfin, rôde le spectre des procédures pénales: la signature désormais demandée aux patrons américains sur l’exactitude de leurs comptes n’est qu’une manoeuvre d’intimidation, mais, dans un pays où il ne faut pas plaisanter avec la justice, elle fera son effet. «Circulez, il n’y a rien à voir.» Tout serait-il rentré dans l’ordre? 

Non, parce que chaque crise du système est marquée par ses propres mutations. Quel a été le changement le plus marquant de la dernière décennie? La démocratisation de l’actionnariat, son extension à de nouvelles couches de la population qui ignoraient jusqu’au mot même d’action, le poids de la Bourse dans les préoccupations des individus. De là, une transformation du débat sur la confiance. Nous savons, depuis Alain Peyrefitte et sa société de confiance, que celle-ci est, au même titre que le travail et le capital, un facteur de production. Mais ce n’est pas désormais la même confiance, moteur traditionnel de la seule classe bourgeoise. La confiance qui fait fonctionner le système est l’apanage de l’opinion publique. Ses ressorts sont d’une autre nature. Les responsables se battent sur ce terrain-là, avec les armes d’hier, toutes adaptées à une société de codes et de rites, mais non à une démocratie d’opinion. 

Gestion millimétrée 

Code: la gestion millimétrée des baisses de taux et des déclarations faussement prophétiques d’Alan Greenspan. Code: les incantations gratuites des hommes politiques. Code encore: les moulinets sur la réduction, souvent factice, des déficits publics. Il ne s’agit plus, à l’avenir, de dialoguer avec les seuls acteurs économiques, mais avec l’opinion, c’est-à-dire un être social insaisissable et énigmatique. La partition n’est pas complètement différente, mais ses morceaux changent d’intensité. Sauvegarder la fringale d’achat des consommateurs, malgré une contraction de leur patrimoine, empêcher les épargnants de céder à la panique boursière, les ramener vers le marché des actions: autant d’objectifs qui relèvent d’une délicate thérapie collective. Elle suppose des dosages subtils. 

«Côté Max Weber», c’est-à-dire côté restauration de la morale et de l’exemplarité, sans doute faut-il sanctionner plus fort les dérapages que s’il s’agissait simplement de convaincre les détenteurs du pouvoir économique. «Côté Joseph Schumpeter», c’est-à-dire croyance au progrès économique et à l’efficacité de l’économie de marché, il n’existe pas d’autre pédagogie que l’exemplarité, donc la quête des réussites et des succès afin de faire contrepoids aux faillites les plus ostentatoires.

Quant aux responsables en charge de la politique économique, ils ne sont désormais détenteurs que du ministère de la parole. C’est leur seul moyen d’action, mais il est essentiel: à eux de ne sombrer ni dans le sermon qui morigène et qui inhibe; ni dans le prêchi-prêcha naïf et artificiel. 

Étonnante situation qui fait reposer l’ensemble du système économique sur la pointe étroite de la confiance des consommateurs et des épargnants, et celle-ci, pour partie, sur l’existence ou non d’un discours collectif intelligemment mobilisateur. Étonnante situation donc, qui n’évacue pas le politique du jeu économique, mais le transforme en psychothérapeute. Étonnante situation enfin qui voit l’opinion, déjà reine des jeux politiques, se transformer en figure tutélaire du système économique. 

Nous vivions en démocratie d’opinion; devons-nous désormais parler d’une «économie d’opinion»? 

 

Article d’Alain Minc paru dans le Monde le 24 août… 2002 !!!



Une plate-forme web pour favoriser le mécénat de compétences
juin 10, 2009, 4:11
Classé dans : Mécénat, entrepreneuriat social

entrepreneuriat-social.mobee.org est une plate-forme mutualisée destinée à favoriser les mécénats d’entreprise dans le domaine de l’économie sociale et solidaire.

La plate-forme web permet de favoriser les synergies entre:
♥ des entreprises engagées au titre du mécénat et leurs salariés et retraités;
♥ des bénéficiaires: toute organisation œuvrant dans le domaine de l’économie sociale et solidaire.

Ces différentes catégories d’acteurs entrent en relation sur la base d’offres et dedemandes.

Les organisations bénéficiaires expriment des demandes correspondant aux besoins de leurs projets. 
Les entreprises y répondent par leurs 
offres: apports en compétences, in situ ou en ligne, via les salariés et retraités de l’entreprise, apports financiers, en nature, en technologie ou en logistique.

es_01.pngentrepreneuriat-social.mobee.org favorise particulièrement les apports enmécénat de compétences en proposant une interface spécifique: les entreprises mécènes adhérentes au réseau ont la possibilité de mobiliser leurs salariés et retraités afin qu’ils participent bénévolement aux missions — sur le terrain ou bien en ligne — demandées par les organisations bénéficiaires.