Ethique & Entreprise


DANS LE MONDE POLICÉ ET CONFORMISTE DE LA HAUTE FINANCE, LA BARONNE ARIANE DE ROTHSCHILD DÉCOIFFE
décembre 8, 2010, 12:59
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On n’imagine pas les dommages collatéraux des conflits sociaux. Le jour de ma rencontre avec la baronne Ariane de Rothschild, la puissante vice-présidente de la holding Edmond de Rothschild, je traverse Paris à pied – faute de moyens de transport-, sous les cris des manifestants en colère :

 

«Y’en a ASSEZ! ASSEZ! ASSEZ d’cette société

qui engraisse les actionnaires et vire les salariés !

Y’EN A ASSEZ!»

 

C’est donc endoctrinée, des slogans pleins la tête, que j’arrive dans les luxueux locaux de l’une des principales banques privées indépendantes d’Europe où officie désormais l’épouse de Benjamin de Rothschild, 12e fortune deFrance, Dans l’ascenseur, je me sens prête à faire sauter la banque. . .

 

«PARTAGE DES RICHESSES ! Egalité sociale ! Où alors, ça va péter ! ÇA VA PÉTER I»

 

Mais voilà, comme Woody Allen, je suis bien marxiste, oui, mais tendance Groucho, et quand je me retrouve devant Ariane de Rothschild, héroïne hitchcockienne aux manières décontractées, toutes mes inclinations révolutionnaires tombent. J’entre avec une kalachnikov, je repars une rose à la main. Sur les murs de son bureau feutré, une photographie d’Isabel Muftoz représentant un mara de Salvador, un chef de gang tatoué qu’on n’aimerait pas croiser dans une ruelle après 23 heures. Goût pour la provocation ? Dans le monde policé de la haute finance, Ariane de Rothschild décoiffe, il y a chez cette femme blonde et plantureuse une audace transgressive, un naturel sauvage, une absence de contrôle que cristallise une spontanéité langagière dont on peine à croire qu’elle soit fabriquée puisqu’elle l’expose à la méfiance, aux railleries même, à ce qu’elle qualifie en riant de «mépris poli». «Ariane est cash », dit d’elle un collaborateur. Trop, persiflent ceux qui ont accueilli avec hostilité l’arrivée de cette femme propulsée, aux côtés de son mari -le plus riche des Rothschild -, à la tête d’un groupe qui gère près de 100 milliards d’euros d’actifs et, depuis Paris, Genève et Luxembourg, se déploie en Europe, en Asie et dans le reste du monde n faut dire que la formidable ascension de cette quadragénaire, née au Salvador sous le nom de Langner, d’un père allemand qui travaillait pour une multinationale et d’une mère française qui élevait des cochons en Colombie, a de quoi surprendre. De son enfance au Bangladesh, en Colombie, au Congo, elle a gardé le goût du voyage et une ouverture d’esprit qui tranche avec le conformisme ambiant. Après avoir effectué son parcours scolaire en Afrique et obtenu un bac D, elle arrive à Paris pour y faire une prépa HEC. Le choc culturel est immense : « En Afrique, il y avait une chaleur humaine que je n’ai pas retrouvée. » Elle bifurque vers Sciences Po : « Ce n’était pas ma façon de penser.» Alors elle fuit Paris, s’installe à New-York où elle obtient un MBA et travaille comme cambiste auprès de la Société générale, avant de rejoindre le groupe d’assurance américain AIG qui la renvoie… en France. Elle a 28 ans et travaille douze heures par jour. « J’étais très sage, très pro », dit-elle. Pas le genre à s’identifier à Marilyn Monroe dans Comment épouser un milliardaire. La suite ressemble à un roman à l’eau de rose qu’aurait pu signer Barbara Cartland, même si l’on devine que cette image l’agace, tant Ariane de Rothschild semble attachée à sa liberté et à son indépendance.

 

Première rencontre ratée avec Benjamin de Rothschild

En 1993, à Paris, elle travaille avec l’une des sociétés deBenjamin de Rothschild, fils unique du baron Edmond et de son épouse, l’actrice Nadine Tallier. Son interlocuteur organise une rencontre. . . ratée. Ce jour-là, « Benjamin est arrivé avec son jean crotté». Quant à elle, chaperonnée par sa mère qui arrivait de Rome, elle ne garde de cette première entrevue que l’image d’un homme « bourru ». Mais Benjamin de Rothschild la rappelle et lui donne rendez-vous chez lui cette fois, dans le somptueux hôtel particulier de la famille, situé rue de l’Elysée. Elle vous raconte cet épisode en imitant son mari, prenant tout à coup une voix grave – moqueuse, attachante. Ce soir-là, il la reçoit… dans sa salle de bains et l’emmène dîner sur une péniche. « Nous sommes restés scotchés », avoue-t-elle. Mais le milliardaire nelui passe pas pour autant la bague au doigt… Lorsqu’elle annonce la nouvelle de son idylle à ses parents, ils s’écrient : « Oh ! ma pauvre! » Finalement, elle deviendra officiellement baronne alors qu’elle est enceinte de sa seconde fille. Deux autres filles naîtront… « Un Rothschild qui n’est pas riche, pas juif, pas philanthrope, pas banquier, pas travailleur et qui ne mène pas un certain train de vie, n’est pas un véritable Rothschild », disait le baron Edmond. Ariane ne se convertira pourtant pas au judaïsme. Ses filles, elle les laisse libres de choisir… quoique… comme le lui a dit un jour sa fille aînée: « Quand on s’appelle Rothschild, on ne peut être que juif. » Elle se souvient avec émotion de son beau-père, décédé en 1997, avec lequel elle dînait en tête-à-tête. « Il disait : « On est ce que l’on fait. » Il m’impressionnait beaucoup. Il n’avait aucun a priori de classe sociale. C’était un vrai esthète. » On sent poindre chez elle une certaine fierté, dénuée d’arrogance, à l’idée de faire partie de cette lignée internationalement connue, dont le nom évoque puissance et richesse : « C’est fascinant, il y a le poids du passé. Il faut être à la hauteur de ceux qui vous ont précédé. » C’est elle, sans doute, qui évoque le mieux les valeurs familiales – Unité, Intégrité, Activité – qui ont forgé la dynastie depuis sept générations et répète les mots qui rassurent : « respect », « morale », « pérennité ». A-t-elle appliqué les conseils de sa belle-mère, la baronne Nadine

de Rothschild, auteur de best-sellers aussi inoubliables que Femme un jour femme toujours ou encore Bonnes manières, pour persuader son fils de lui transmettre les rênes de la compagnie ? « Ma belle-mère a réagi moyennement », lâche-t-elle. Et elle n’est pas la seule. L’autre branche parisienne des Rothschild, dirigée par David, aurait accueilli avec une certaine réserve cette « pièce rapportée ». « Les Rothschild sont très conservateurs; confie un proche. Pour certains membres de la famille, les femmes doivent rester à la maison et s’occuper des enfants. » Mais si Ariane aime passer tout son temps libre avec ses quatre filles, elle n’ est pas femme à s’effacer derrière un homme. « Je voulais travailler ! » et elle le fait rapidement comprendre à son mari enposant cet ultimatum : « Ou dans tes banques ou dans une autre. »

 

Une fonceuse qui avance vite et casse un peu de porcelaine

Longtemps chargée des activités non financières du groupe, elle est, depuis 2009,vice-présidente de la holding familiale. Alors, intrigante ou femme moderne? Elle l’avoue avec une pointe d’amertume : «Ma démarche a été mal comprise. Les réactions ont été excessivement misogynes. Les gens essayent de trouver des motivations malsaines.» Il y a ceux qui la soupçonnent de vouloir prendre le contrôle du groupe et les autres qui raillent son statut de « femme de », évoquant son manque d’expérience. «Je ne veux pas prendre la place de Benjamin. Ils ne comprennent pas la confiance et la liberté qu’il m’accorde. Nous sommes un couple atypique. » Là réside le secret de leur réussite: lui, l’héritier hyperdoué selon ses collaborateurs, le financier brillant mais incontrôlable, passionné de voile et de voitures de course, elle, l’épouse plus structurée, plus fiable, « la bonne élève fantaisiste » comme elle se définit elle-même. « Si elle était incompétente, je ne l’aurais pas mise là», argue son mari. Façon de préparer la succession féminine ? « Benjamin me répétait : « Tu ne te rends pas compte du poids que c’est, il y a des jours où c’est horrible ». » Quelques années plus tard, elle confirme : «Vous avez une liberté relative, on est responsable de 3 000 personnes. » Mais d’autres capitaines mènent aussi la barque : « Le bureau de Michel Cicurel – le sémillant président du directoire du groupe – est à huit mètres du sien », précise un proche. « Entrer dans une salle de conseil et se retrouver la seule femme est impressionnant, confie-t-elle, mais j’aime les affaires. » Son rôle? « Travailler à créer de vraies synergies entre les entités du groupe », même si elle reconnaît qu’elle fait face à des réticences. « Ils se sentent menacés », regrette-t-elle. « Elle les perturbe, confirme un collaborateur. Ariane est une fonceuse, elle avance vite et fort; parfois, elle casse un peu de porcelaine. »

Obstinée, énergique, elle est aujourd’hui également présidente du conseil de surveillance de Be Citizen, un cabinet de conseil stratégique et financier en environnement, et se consacre aux fondations familiales liées à l’art, la santé et la recherche, au dialogue interculturel (entre juifs et musulmans) et à l’entrepreneuriat social, sans oublier le management des propriétés viticoles du groupe. Toujours entre deux avions, souvent en Israël où elle soutient des projets de recherches universitaires, Ariane de Rothschild semble infatigable. « Je suis une hyperactive hystérique ! » lance-telle de manière si abrupte qu’on la dirait soudain montée sur ressort. Cette spontanéité, elle en fait désormais sa marque de fabrique, en donnant l’image d’une femme à contre-courant qui porte du cuir et écoute du rap. Mais n’en fait-elle pas trop quand elle raconte que son plus grand plaisir est de marcher pieds nus dans la brousse, elle qui a élu domicile dans un immense château en Suisse ? «Les gens passent la porte et c’est foutu », admet-elle, avant de préciser que « l’argent déforme les relations. On est obligé de se protéger ».

Sur la crise, on la sent tendue: « On paye la facture des banques qui ont fait n’importe quoi ! Les banques ont peu d’éthique. Les gens sont insatiables ; ils n’ont pas une vision à long terme donc tout explose. On devrait revenir à des profits raisonnables, rechercher un équilibre. Oui, il faudrait aller vers un capitalisme plus responsable. »

Dehors, la colère gronde toujours :

 

C’EST PAS LES SANS-PAPIERS,

C’EST PAS LES IMMIGRÉS,

MAIS C’EST L’CAPITALISME QUI RUINE,

QUI RUINE, QUI RUINE LA SOCIÉTÉ !

 

 

 

KARINE TUIL

 

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Pour un service public de l’énergie en Europe
septembre 19, 2010, 7:52
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Aujourd’hui, plus de 50 millions d’Européens n’ont pas accès au confort de base parce qu’ils ne peuvent plus payer leurs factures d’énergie. Cela installe une vraie «fracture énergétique» dans l’Union.

Alors que la création du marché européen était censée avoir comme finalité l’intérêt des consommateurs, ceux-ci sont les grands laissés-pour-compte. Les directives gaz et électricité de 2003 et 2009 comportaient une clause obligatoire de mise en place de tarifs sociaux pour les plus démunis, mais celle-ci n’est respectée à l’heure actuelle que par 10 Etats membres sur 27.

Face à cette situation, on peut, comme les ministres de l’Energie en sont malheureusement convenus le 6 septembre dernier, renvoyer à des actions nationales, chacun luttant à sa manière, chez soi, contre la pauvreté énergétique. C’est pour nous, tant au plan politique que technique, inefficace et injuste, car seule l’action commune et coordonnée peut régler cette question. Si l’Europe, en matière d’énergie, ne marche que sur un pied, celui de la concurrence, elle reniera le volet solidaire qui fait son fondement et sa raison d’être au regard de tous les citoyens européens.

A quoi sert d’avoir organisé, depuis vingt ans, un marché intérieur de l’électricité si l’Europe est aujourd’hui incapable de définir de manière commune la quantité minimale d’énergie physique nécessaire pour couvrir les besoins de base comme la cuisson, l’éclairage, le chauffage et le transport, ou le pourcentage des revenus (10% par exemple) au-delà duquel les coûts fiés à la consommation d’énergie sont, pour les ménages européens, exorbitants et intolérables?

L’Europe doit aussi améliorer l’information sur les nouveaux droits des consommateurs. Il faut enfin, au niveau européen, encourager les innovations technologiques permettant d’optimiser l’utilisation de l’énergie des consommateurs les plus vulnérables.

Au-delà de ces chantiers épars, il existe un espace pour un engagement fort, un pacte de sécurité et de solidarité énergétique, qui consacrerait aux yeux

de tous la dimension stratégique et vitale de l’énergie.

Deux modèles s’esquissent à l’horizon, qui méritent un grand échange public en Europe : le service universel de 2003 et l’aide aux « vulnérables ». Ils correspondent à deux visions, la vision française de service public (des prix égaux, péréqués pour tous, sur un même territoire), et l’anglaise d’aide aux pauvres (« powerpoverty ») où les collectivités locales et territoriales ont des objectifs de réduction de la pauvreté à atteindre en faisant passer la part de l’énergie en dessous de 10% du budget des ménages.

 

Quelles que soient les modalités retenues, un Pacte fixant des objectifs nationaux de recul de la pauvreté énergétique s’impose, comme il y a aujourd’hui, dans le pacte de stabilité et de croissance, des objectifs de réduction des déficits publics. Il y a urgence à le faire car la lutte contre le réchauffement climatique et le renchérissement de l’énergie fossile devraient entraîner une augmentation du prix de l’énergie et engendrer, si rien n’est fait, une nouvelle fracture sociale.

En matière d’énergie, l’Europe s’est enfermée jusqu’ici dans une vision théorique et dogmatique de la concurrence, oubliant que la seule légitimité du marché intérieur réside dans l’intérêt des consommateurs. Il faut désormais qu’elle reparte du bon pied et reparle avec le citoyen européen !

 

 

Pervenche Berès préside la commission de l’Emploi et des Affaires sociales du Parlement européen

Michel Derdevet est maître de conférences à l’Institut d’études politiques de Paris et directeur de la communication de RTE

 



Marianne se penche sur les hyper-riches
août 24, 2010, 8:19
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Les riches c’est fait pour être très riches et les pauvres, très pauvres ! » Il y a quarante ans, cette réplique de Don Salluste, alias de Funès, adressée à son valet faisait rire la salle entière à gorge déployée. Aujourd’hui, cette citation de la Folie des grandeurs sert d’exergue à une enquête aussi sérieuse et étayée que Voyage au pays des ultrariches, d’Aymeric Mantoux. C’est que ces phrases qui sonnaient autrefois comme des provocations amusantes (« Ne vous excusez pas, ce sont les pauvres qui s’excusent, quand on est riche, on est désagréable », « Mais qu’est-ce que je vais devenir, je suis ministre, je ne sais rien faire ! »…), dites par un personnage engoncé dans son costume et agité en permanence de tics, sont désormais prises au sérieux. On ne rit plus quand la réalité sociale finit par épouser sa propre caricature.

Après la panique suscitée par la grande crise, très provisoirement endiguée à coups de deniers publics, la machine ultralibérale s’est remise en route… et les hyper-riches sont devenus encore plus riches. Si la question de leur « place dans la société française s’impose comme une véritable question, c’est moins – contrairement à ce qui est régulièrement asséné – parce que la crise financière a aiguisé le sentiment d’in justice que parce que, à l’évidence, les ordres de grandeur sont devenus effec tivement incommensurables entre le haut et le bas de l’échelle sociale. Dans une récente étude publiée par la revue Alternatives économiques, le direc teur adjoint de la rédaction, ancien secrétaire général de la République des idées, Thierry Pech, montre, tableau à l’appui, combien les inégalités ne cessent de se creuser dans notre pays. On sait que la connaissance des revenus en France progresse lentement, trop lentement. C’est même curieusement un terrain encore en friche par rapport à d’autres secteurs. Tabou ou loi de l’omerta ? Toujours est-il que, depuis sa création, le mensuel éco nomique ne cesse de braver l’interdit et de regrouper les données souvent éparses de l’Insee et de les passer au tamis de l’analyse. Ce qui en sort est troublant et montre bien que le « ressentiment » de la population à l’égard des inégalités n’est ni un fantasme, ni la manifestation d’une passion égalitaire qui serait un mal bien français comme le tartinent dans leurs essais bâclés nos publicistes germanopratins. La vérité est que, pour saisir le malaise, il ne faut pas s’intéresser aux 10% les plus « aisés » des Français (plus de 3 000 euros par mois avant impôts) * car les écarts à l’intérieur de ce groupe sont encore beaucoup plus importants qu’entre les 90% restants ». Non. Il faut pointer ces hyper-riches, c’est-à-dire ces 0,01% de fortunés à l’intérieur de celte classe aisée qui ont passé la barre des 82 000 euros par mois. Or c’est bien à cette altitude, ainsi que le note Pech, « que le vent des inégalités souffle le plus violemment depuis quelques années ».

Les revenus de ces fortunés n’ont-ils pas augmenté de 40% entre 2004 et 2007 ? Les informations qui. encore une fois, parviennent au compte-gouttes permettent de faire un constat identique pour la période 2007-2010. Et on ne voit pas pourquoi la France serait à l’écart de la tendance générale. La récession n’est déjà pins qu’un mauvais souvenir pour les plus riches en Grande-Bretagne. La dernière édition de la « Rich List » établie par le Sunday Times a constaté que la richesse cumulée des 1 000 plus grandes fortunes avait connu pour l’an née 2009 une progression de 30%, soit 77 milliards de plus, la plus forte hausse jamais enregisliée depuis la première publication de cette enquête, il y a… vingt et un ans. Le nombre de milliardaires est passe de 43 à 53. Et cela, alors que le Royaume-Uni affiche un chômage à son plus haut depuis quatorze ans. Certes, ceux qui sont sur une ligne de défense et protection des pauvres hyperriches objecteront que cela ne touche, au final, que quelques milliers de personnes. Sans doute, mais ces quelques milliers disposent de sommes considérables. Peu suspect d’être un repaire d’anarchobolcheviks, le cabinet de conseil Oliver Wyman a publié, en mars dernier, une étude, elle aussi intéressante, puisqu’elle démontrait que la fortune cumulée des millionnaires de la planète s’élèverait à 50 000 milliards de dollars. C’est trois fois et demi le produit intérieur brut américain ; 50 fois le montant des pertes occasionnées par la crise financière décrite comme la plus grave depuis 1929. « Une fraction d’hyper-riches, écrit Thierry Pech, a ainsi rompu les amarres avec le reste de la société. » Et de poursuivre : « Une telle avance peut-elle se justifier ? »

C’est poser là « la » question qui fâche car, en effet, la plupart des arguments avancés pour expliquer ces rémunérations s’avèrent peu probants. Fini le temps où l’on pouvait se contenter d’une argumentation aussi pleine de (faux) bon sens que : « Quand les riches maigrissent, ce sont les pauvres qui meurent. Aujourd’hui quand les classes moyennes s’appauvrissent, ce sont les hyper-riches qui s’enrichissent. Tout simplement parce que leur immense fortune est en grande partie injustifiable. Faut-il croire que les hyper-riches sont des personnalités trop rares sur le mar ché des dirigeants pour ne pas voir leur cote s’envoler ? Ils ne sont pourtant ni des oeuvres d’art, ni des joueurs de foot professionnels puisque l’exemple de ces derniers est souvent mis en avant. Si les stars du foot ou les artistes peuvent être effectivement présentés comme des entrepreneurs d’eux-mêmes, le terme est abusif pour nos hyper-riches qui « oublient » un peu vite qu’ils dépendent de leur entreprise et donc, aussi, de cette piétaille revendicative que sont, à leurs yeux, les salariés. On voit bien l’utilité sociale des riches – on est toujours le riche de quelqu’un -, voire des très riches qui permettent à tout une industrie, celle du luxe, d’exister… mais celle des hyper-riches ? Ils ne sont pas hyper-productifs, hyper-inventifs, hyper-créatifs mais le plus souvent, et le plus prosaïquement du monde, héritiers et… malins. Est-il si insensé que cela de poser la question du sens de cette vertigineuse montée aux extrêmes ? Quand Bernard Arnault touche trois fois plus de rémunération que Martin Bouygues (en 2008, 17,3 millions d’euros, l’équivalent de 1 091 Smic annuels], est-ce parce qu’il est trois fois plus talentueux que ce dernier ? Sans aller jusqu’au chameau de l’Evangile et le chas de l’aiguille à coudre, sans avoir à condamner l’usure comme saint Thomas d’Aquin, sans voir l’Antéchrist dans le livret de Caisse d’épargne comme Péguy, sans verser dans le jansénisme ou la mystique de la pauvreté, on peut s’interroger sur le bien-fondé d’une telle situation. D’ailleurs, certains n’ont pas attendu pour s’en emparer. Partout dans le monde occidental, lorsqu’un enfant réclame à ses parents un jouet coûteux, il s’entend répondre : « On n’est pas riches comme Rothschild .’ » (la variante Rockefeller existe aussi). Les Rothschild sont plus qu’une seule famille. Ils représentent une institu tion qui s’est maintenue à la pointe de la banque et de la philanthropie depuis le milieu du XVIIIe siècle. A Paris même, on ne compte plus les établissements publics qui portent ce nom. En février dernier, la vice-présidente du holding familial, Ariane de Rothschild, est sortie de sa réserve pour mettre en garde contre les dérives du capitalisme financier et sa tyrannie du court terme qui le condamne à enregistrer le maximum de profit en un temps record : Comme beaucoup de gens, mon mari et moi, nous nous demandons combien de temps cela va durer, et même s’il est possible que cela dure. » Cette impossibilité de trouver des traces de cette « sagesse des affaires » conduit Ariane de Rothschild à réclamer une « réévaluation » de l’éthique patronale : « C’est pour nous une conception essentielle d’équilibre. » Le fondateur du groupe Auchan. Gérard Mulliez, dit les choses plus brutalement : « Il faut faire passer l’homme avant le fric. Un dirigeant qui est payé 200 fois plus que le salarié de base est quelqu’un qui n’a pas de bon sens. » Ils sont nombreux à concéder que la « tyrannie du rendement maximal » a rapproché les dirigeants d’entreprise des actionnaires en les éloignant de leur personnel et que l’immense majorité des salariés perçoivent leur patron comme peu soucieux de leurs intérêts.

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Le banquier le plus puissant de Suisse… est une banquière éthique !
juin 14, 2010, 9:11
Filed under: ethique des affaires, Mécénat | Mots-clefs:

Le nouveau visage de la dynastie Rothschild est féminin. Il est incarné par Ariane de Rothschild, épouse du baron Benjamin de Rothschild. Financière chevronnée, la «femme de banquier» est devenue la banquière du groupe Edmond de Rothschild, en accédant dès 2008 aux principaux conseils. La jeune femme franco-allemande personnifie un nouveau modèle de réussite féminine.

Une certitude: la relève dynastique sera assurée, elle aussi, par une femme, le couple Ariane et Benjamin ayant eu quatre héritières. Aujourd’hui, Ariane de Rothschild leur montre la voie, en s’impliquant activement dans toutes les entités du groupe.La Banque privée Edmond de Rothschild, c’est le somptueux décor de l’établissement du quartier des banques, ses tapisseries chaleureuses, son mobilier d’époque, sa cuisine gastronomique. Mais c’est aussi les œuvres d’art ultramodernes choisies, une à une, par la baronne Benjamin de Rothschild.

La modernité, elle l’incarne au plus haut niveau, comme en témoigne son bureau de la rue de Hollande. Vice-présidente du holding du groupe depuis novembre dernier, cette séduisante femme de 45 ans est devenue le bras droit indispensable de son mari. Pour la première fois, elle parle à des journalistes suisses.Ils se sont connus en 1993, quand Ariane avait 28 ans, et qu’elle s’appelait encore Langner.

Aujourd’hui, cette patronne d’un genre nouveau qui a fait carrière dans les salles de trading revient, pour Bilan, sur son parcours aussi brillant qu’atypique.La vice-présidente du holding le concède: «Il est inhabituel de voir un mari et une femme dirigeants d’un même établissement, c’est pourtant notre conception du capitalisme familial».

La baronne est admirative de son mari pour son côté avant-gardiste, et pour la confiance qu’il lui accorde. «J’ai la chance d’avoir un mari qui a souhaité partager avec moi ses responsabilités», dit-elle.

Le baron Benjamin préside. Il s’occupe de la stratégie du groupe. «Il a une vision originale des affaires», dit de lui Ariane de Rothschild. Rencontré il y a six ans par Bilan, le plus puissant des Rothschild avait témoigné, comme son épouse, d’un rapport très direct aux gens comme aux choses. Surdoué, intuitif et rapide.

Benjamin de Rothschild serait-il pour cela incompris par ses pairs banquiers? «Il ne faut jamais le sous-estimer, affirme son épouse. A la mort de son père, le groupe financier employait 600 personnes contre 2700 aujourd’hui. La masse d’avoirs sous gestion et administration est passée de 20 à 143 milliards milliards de francs fin 2009». Face à ce changement de taille, ne souhaitant pas être prisonnier d’un agenda trop chargé et de contraintes trop régulières, Benjamin de Rothschild avait besoin de pouvoir s’appuyer sur quelqu’un dans les conseils. Sa femme était la candidate idéale.

Ariane de Rothschild surprend avec son autorité naturelle, sa jeunesse, ses compétences techniques, tout cela enrobé d’un léger accent indéfinissable illustrant à la fois son enfance en Amérique Latine, ses origines franco-allemandes, sa jeunesse en Afrique, et ses études aux Etats-Unis… Un profil, en réalité, aussi global que l’est aujourd’hui le groupe Edmond de Rothschild.

«J’ai rencontré Benjamin dans le contexte professionnel», raconte Ariane, «mais il n’était pas évident au départ que je prenne des responsabilités au sein de ce groupe». A l’origine, Ariane de Rothschild s’est occupée des activités non bancaires du groupe : vignobles, hôtels, art, les développant et démontrant par là son sens poussé de l’entreprise.

Mais «très vite, nous avons réfléchi en termes dynastiques, explique-t-elle. Ce qui nous importe avant tout, c’est la pérennité et la gouvernance familiale de notre groupe». C’est alors que ses compétences et son expérience l’ont imposée comme numéro deux naturel. Au demeurant, relève-t-elle, «il aurait été un peu ridicule pour moi d’aller travailler dans une autre banque».

La répartition des rôles est claire: tandis que Benjamin de Rothschild définit la stratégie globale, Ariane de Rothschild s’assure de sa mise en œuvre: «Je suis beaucoup plus disponible que Benjamin, donc on me voit plus que lui», souligne-t-elle. Entre eux, ils débattent des questions importantes: «J’ai sa confiance, mais c’est toujours lui qui a le dernier mot». Elle bénéficie d’une grande latitude, «un regard global nécessaire pour que toutes les entités du groupe se renforcent mutuellement. C’est ce que signifie Concordia dans la devise familiale «Concordia Integritas Industria». Elle se dit très consciente du privilège et de l’obligation attachés au rôle d’actionnaire majoritaire.

Une chose est certaine concernant l’avenir, souligne Ariane de Rothschild: la banque familiale sera un jour dirigée par une femme. Ce sera l’une ou plusieurs des quatre héritières, âgées aujourd’hui de 7 à 14 ans. «Je leur montre la voie, et c’est très important», dit modestement leur mère. La révolution est bien en marche. Quatre filles, «c’est une bénédiction», affirme Ariane de Rothschild. «Nous quittons une tradition qui veut que seul un garçon assure la continuité d’une dynastie». La question de la pérennité du nom Rothschild ne constitue pas un problème non plus: en effet, les héritières peuvent très bien décider de conserver leur nom de jeune fille, et le droit suisse permet à leurs futur(e)s descendant(e)s de prendre le nom de leur mère.

A la maison, «nous avons des débats avec les enfants», raconte-t-elle. «Je leur raconte mes journées. C’est le sens des responsabilités que je souhaite leur transmettre». Pour Ariane de Rothschild, il n’y a rien de plus naturel: «comme mes filles, à travers mes parents, j’ai moi aussi toujours baigné dans les affaires». Les jeunes descendantes devront, de toute façon, avoir un oeil sur le groupe. «Il leur faudra accepter un héritage, avec ses plus et ses moins», constate leur mère, qui les prépare à cette fin. Au delà de l’éducation, elle leur inculque les principes et les valeurs Rothschild, «qui peuvent paraître démodés, dit-elle, mais qui sont essentiels, comme le travail, le respect et surtout comprendre qu’être dans une dynastie, c’est avoir des devoirs».

Etre quatre, reconnaît Ariane, c’est aussi plus facile qu’être seul pour supporter le poids écrasant de la succession. La banquière résume ainsi sa vision de l’argent, qui est aussi celle de la famille: «Etre riche, c’est être responsable. Vous devez montrer l’exemple et travailler d’autant plus. Et il y a beaucoup de travail pour rester riche et faire en sorte que la génération suivante soit suffisamment éduquée pour perpétuer le succès. Cela va bien au-delà de l’argent, c’est tout un patrimoine».

Qu’apporte une femme à l’entreprise familiale? «Une vision différente du temps», selon Ariane de Rothschild: «Le développement durable est une lame de fond destinée à s’imposer».

Elle traduit concrètement ces principes au plan de sa gestion. Actuellement, la banque prépare une charte de développement durable, qui reposera sur la bonne gouvernance, le renforcement d’une offre produits en matière de finance responsable, l’intégration d’une réflexion environnementale dans les pratiques, et la formation des équipes à ces enjeux pour en relayer le message auprès des clients.

Ariane de Rothschild se montre critique envers les pratiques financières des dernières années: «On mettait en avant des valeurs quei je ne trouvais pas correctes. Le concept de l’argent facile avait pris le dessus». Les nouvelles générations, prévoit-elle, au delà des bonus, se soucieront aussi de l’impact social et de l’équilibre entre vie professionnelle et privée. «J’aimerais croire qu’il est possible de remplacer le concept de profit, tourné vers l’intérêt personnel, par le concept de profitabilité qui tient compte de l’intérêt d’autrui et de l’intérêt collectif».

La crise a accéléré cette prise de conscience, et favorisé l’émergence de nouveaux modèles de management dans lesquels la dimension féminine est privilégiée. «Une dimension qui apporte une vision plus globale, moins absolue du profit, un regard à plus long terme». Traduisant cette vision en action, Ariane de Rothschild traite tout avec la même attention: banque, art, vin, immobilier. Car pour elle, la banque fait partie intégrante de cet ensemble. «J’aimerais que les collaborateurs comprennent que toutes les activités relèvent de la même quête d’excellence». En outre, cette vision privilégie des hiérarchies moins pyramidales et plus participatives au sein des entreprises. Ariane de Rothschild réfléchit également à la meilleure façon de valoriser les équipes du groupe à travers ce management contributif. «Je crois beaucoup au talent des collaborateurs à l’interne».

Les valeurs féminines tardent à émerger en Suisse. «Ici, les femmes ont beaucoup de mal», observe-t-elle. En France, le débat sur la parité pour imposer un quota de 40% de femmes dans les conseils fait avancer les choses. «C’est bien. A un moment, il faut forcer la porte. Moi aussi, quelque part, mon mari a forcé la porte pour moi». Ariane de Rothschild a eu la chance de grandir hors des modèles établis, dans un environnement multiculturel. «Mes parents étaient très modernes, n’entretenaient aucun concept de classe sociale, d’appartenance religieuse, de race ou de genre. Cela m’a permis d’aller loin et de faire du trading par exemple, un univers largement réservé aux hommes». C’est sans doute ce qui explique cet air de liberté qui se dégage d’Ariane de Rothschild. Elle rit, témoigne de son enthousiasme et vous parle sans aucune barrière ni retenue. Bref, une femme pleinement installée dans le XXIe siècle.

La jeune Baronne apprécie tout autant la solidité des valeurs Rothschild, qui ont traversé les épreuves du temps. «Notre famille existe depuis sept générations, et elle a su dépasser toutes les crises. Face à celle que nous traversons, la banque résiste bien car elle est très centrée sur ses valeurs.»

La fin du secret bancaire en Suisse n’enlèvera rien, selon elle, aux compétences des banques helvétiques: «Suivre le patrimoine très complexe d’une famille, indépendamment de l’aspect fiscal, est un domaine qui nécessite des compétences élevées. Ce n’est pas un sujet léger ni facile à traiter». Accompagner de nouvelles fortunes restera donc une activité qui distinguera les banques suisses, même si Ariane de Rothschild admet qu’il est «indispensable de s’internationaliser».

Sa foi dans le Vieux-Continent reste forte, même si la zone euro connaît cette année d’énormes difficultés et suscite des doutes. «Je crois à l’Europe, et je souhaite que l’euro survive. Il est vital que l’Union reste forte face à des blocs comme les Etats-Unis et la Chine.»



Grâce aux PPP, les Maldives sacrées « Champions of the Earth »
mai 10, 2010, 12:23
Filed under: entrepreneuriat social, ethique des affaires

Le Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE) a remis fin avril les prix des « Champions de la Terre » 2010 qui récompensent les meilleurs leaders pour la protection de l’environnement, à l’occasion d’un dîner de gala organisé lors du sommet mondial des entreprises pour l’environnement (B4E) à Séoul, en République de Corée.

Le Président des Maldives, Mohamed Nasheed, a reçu le prix du meilleur dirigeant politique pour son engagement dans la lutte contre le changement climatique notamment par l’organisation de grandes campagnes de sensibilisation en expliquant « au reste du monde comment effectuer une transition vers une neutralité climatique », a dit M. Steiner, Directeur exécutif du PNUE. Et d’ajouter que Nasheed dépasse ainsi son statut de porte-parole des pays directement menacés par le réchauffement climatique, les Maldives étant, comme on le sait, menacées d’engloutisement par la montée du niveau des mers.

Le président Nasheed, qui a souligné que ce prix récompensait l’ensemble des Maldives, s’est félicité de ce qu’un petit pays soit ainsi donné en exemple au monde entier. Son gouvernement a en effet signé en mars dernier avec La Compagnie Benjamin de Rothschild et l’entreprise BeCitizen, dirigée par Ariane de Rothschild, un accord de partenariat stratégique pour mettre en oeuvre l’engagement des Maldives à devenir neutres en carbone d’ici 2020. La Compagnie Benjamin de Rothschild assistera le gouvernement pour obtenir les sources de financement international et trouver les investisseurs afin de mettre en place les différents projets tels que les fermes éoliennes, les unités de recyclage de déchets, les solutions de transport durable qui seront prévues dans le Schéma Directeur. Les projets seront conçus, structurés et mis en place dans le cadre de Partenariats Public Privé (PPP). BeCitizen assistera le Gouvernement dans l’identification du potentiel des projets aptes à générer des crédits carbone et dans leur structuration. Les financements proviendront d’institutions financières internationales telles que la Banque Mondiale et la Société Financière Internationale (IFC), d’investisseurs privés, des marchés internationaux ainsi que du marché du carbone.



Vers une éthique de l’existence post-capitaliste ?
avril 28, 2010, 7:09
Filed under: associations, entrepreneuriat social, ethique des affaires

Christian Arnsperger, économiste et philosophe de l’économie, professeur à l’Université Catholique de Louvain. est l’auteur de « Ethique de l’existence post-capitaliste – Pour un militantisme existentiel ». Il explique que si l’on ne peut pas se passer de l’économie, nous allons devoir nous défaire du capitalisme, car ce système est un symptôme: les sociétés développées souffrent d’un vide existentiel et spirituel. Nous tentons de combler ce vide par la surconsommation de biens matériels, mais aussi de symboles, d’images, d’idées. Christian Arnsperger voit dans la crise économique une occasion de refonte du système. Sur le plan individuel, les crises représentent des opportunités qu’il faut savoir utiliser. Toutefois, si la relance réussit, le capitalisme reprendra sa marche, sur un mode de plus en plus chaotique.

Selon Christian Arnsperger, il ne s’agit pas seulement de changer le système en profondeur, mais de modifier notre vision du sens de la vie. Se rapprochant des thèses de la décroissance, Christian Arnsperger, devant la nécessité de relocaliser l’économie, propose le retour à des structures qu’il décrit comme communalistes. Une pensée vivifiante, mais qui reste bien utopique !



Business ethics ou éthique des affaires, une pratique durable et utile
mars 10, 2010, 2:16
Filed under: ethique des affaires

Pourquoi la business ethics ou éthique des affaires est-elle une pratique utile et durable?

La notion d’éthique des affaires ou business ethics trouve ses bases aux Etats-Unis. Dans un premier temps, elle s’est d’abord limitée au questionnement sur le rôle et la place de l’entreprise au sein de la société (En Europe, ce questionnement est souvent le fait de la responsabilité sociale (RSE)).

Aujourd’hui, L’éthique des affaires a élargi son champ d’action pour s’ancrer dans les pratiques quotidiennes organisationnelles. L’élargissement de sa sphère d’activité explique l’engouement actuel (Amérique du Nord) pour les demandes d’expertise, les formations, la recherche scientifique en éthique, etc. car elles répondent aux problématiques rencontrées dans le contexte de travail. Pour illustration, cas d’un employé confronté à un dilemme éthique (situations de conflits de valeurs): dois-je cacher à un client la dangerosité d’un produit pour accroître ou maintenir le chiffre d’affaires de l’entreprise ? (les questions à se poser doivent suivre une articulation méthodique telle que présentée dans notre guide pratique à la prise de décision éthique). Lorsqu’on connaît les conséquences que peuvent avoir les mauvaises décisions (confère scandales financiers) sur l’individu qui prend la décision, la pérennité d’une organisation et l’opinion publique, il semble alors évident pour une direction raisonnable ayant une stratégie à long-terme, d’investir dans une formation en prise de décision éthique pour ses employés. Ainsi, la direction s’assure qu’à l’avenir lesdits employés rendront des décisions les plus justes et responsables possibles dans l’intérêt de l’ensemble des parties.

En résumé, la demande en éthique n’en est qu’à sa phase de croissance pour les raisons précédemment évoquées et d’autres que nous avons préalablement traitées dans « pourquoi les entreprises seront obligées d’implanter des programmes éthiques » ou « classement des entreprises éthiques« . L’indispensabilité de l’éthique est simplement une question de temps.