Ethique & Entreprise


La nouvelle génération de philanthropes : les exemples d’Antoine de Galbert, Ariane de Rothschild, Alain-Dominique Perrin

Les Américains ont Warren Buffet ou Bill Gates : une culture de la philanthropie, assurée par des entrepreneurs ayant réussi et restituant une partie de leur fortune à la société. Qu’en est-il en Europe ?

En France, l’idée de philanthropie paraît un peu « vieillotte », associée à la séculaire charité, ou au « paternalisme social » des industriels du XIXe et XXe siècle. Autour de l’usine, la famille mettait en place un ensemble de services qui permettaient de stabiliser et d’attirer une main d’œuvre mobile. On préfère le mot « mécénat », qui charrie un univers mental artistique et nous ramène à l’ère d’Octave. Ou bien on laisse entendre que l’Etat providence s’occupe de tout, comme le constatait Pierre Rosanvallon dans son petit essai La Crise de l’Etat Providence, au milieu des années 1980.

Or la philanthropie a changé. Comme le note Jean-Michel Carlo à Sciences-Po, « quel point commun entre l’initiative de Bill Gates dont le budget de la fondation du même nom dépasse celui de l’OMS, l’opération coup de poing des Enfants de Don Quichotte, qui avec deux cents tentes et 13 000 euros a permis de mobiliser l’opinion publique française sur le sort des mal logés, ou l’engagement d’un homme d’affaire français, Jean-Pierre Scotti qui en créant la Fondation Greffe de Vie en fait un acteur désormais incontournable du combat pour le don d’organes en France ? Spectaculaires ou discrètes, ces initiatives signalent un renouveau de l’action philanthropique. » Comme le montrent ces exemples, la philanthropie est devenue un enjeu social, économique et politique colossal. En conséquence, « dans ses formes historiques les plus évoluées la philanthropie nécessite une réelle « professionnalisation » des philanthropes dont la démarche ne peut être guidée par la seule générosité mais aussi par une exigence constante de rigueur, d’évaluation et d’efficacité sociale. »

Certains acteurs français semblent l’avoir compris, comme le montre les exemples d’Antoine de Galbert, Ariane de Rothschild, Alain-Dominique Perrin.

Antoine de Galbert est un des héritiers du groupe Carrefour, né en 1955. Lui-même gérant d’entreprises après avoir obtenu un diplôme en sciences politiques, et surtout grand amateur d’art contemporain, il construit peu à peu une collection qui prend de plus en plus de place dans sa vie. C’est alors qu’il choisit de la réunir autour d’une fondation d’intérêt général, et d’un lieu, La Maison Rouge (10 Boulevard de la Bastille à Paris), qui se propose de promouvoir les différentes formes de la création actuelle au travers de la présentation d’expositions temporaires. On se fera une idée du style du personnage, passionné et accessible, sur cette video :

Un V.I.P, une oeuvre n°2 – Antoine de Galbert (1/2) – Ma-Tvideo France3

Ariane de Rothschild est l’épouse de Benjamin de Rothschild, qui dirige le groupe LCF-Rothschild, la principale banque de la famille Rothschild. Française, née à San Salvador, diplômée d’HEC et d’un MBA d’une grande université new-yorkaise, elle a travaillé sur les marchés financiers et joue aujourd’hui un rôle majeur dans les instances de gouvernance du groupe. Elle est l’exemple même de cette nouvelle génération de philanthropes français, doués à la fois des capacités de gestion et d’une vision globale des problèmes.

Pour qui connait le secteur de la philanthropie, Ariane de Rothschild est un acteur essentiel, mais il est difficile de retracer tous ses engagements, tant cette philanthropie se veut discrète et pudique.

Benjamin et Ariane de Rothschild gèrent aujourd’hui des fondations créées par des membres de la famille dans les deux siècles passées, en France, en Suisse, aux Etats-Unis, en Espagne…. L’une des plus connues a été créée en 1905 : c’est la Fondation ophtalmologique Adolphe de Rothschild.

Mais Ariane de Rothschild les développe dans quelques secteurs qui leur paraissent essentiels. Quand on examine les différents domaines d’intervention, le fil conducteur paraît être l’éducation, la formation des esprits.

On retrouve tout d’abord la recherche médicale, notamment par l’intermédiaire de la Fondation Edmond de Rothschild pour le développement de la recherche scientifique (aide à des fondations ou des universités, financement de recherches…).

Un  autre axe a trait à l’art et à la culture, à la fois dans l’art contemporain, avec le prix Ariane de Rothschild, dans la décoration ou dans les arts appliqués (appui à l’école Boulle). Le prix d’art contemporain, décerné soit au Portugal soit en Belgique, récompense un entrepreneur en lui offrant non pas de l’argent mais en lui permettant de séjourner dans une école britannique prestigieuse pendant 6 mois.

Enfin, on peut trouver un troisième axe dans le dialogue interculturel. Le « Ariane de Rothschild Fellows Program » à l’Université Columbia est l’exemple le plus connu : destiné à des pour des entrepreneurs sociaux juifs et musulmans, il est destiné à encourager le dialogue, à contribuer à créer des liens, à favoriser des projets sociaux innovants. On peut s’y inscrire en France, par La Ruche.

Alain-Dominique Perrin, pour sa part, est un self-made man à la française. Né en 1942, rentré chez Cartier comme attaché commercial, il accède en 1981 à la présidence du directoire du groupe. En 1984, il crée, avec la complicité du sculpteur César,  la Fondation Cartier pour l’Art Contemporain, à Paris, afin de rendre hommage à la création vivante, de l’encourager et de la défendre. Véritable vitrine de la création contemporaine, la fondation a été la première à monter des expositions thématiques autour de sujets divers de notre société : Ferrari, les Années 80, la vitesse, ou la mode, attirant des dizaines de milliers de visiteurs.  Auteur du Rapport « Mécénat français » qui devait donner naissance à la Loi Léotard en juillet 1987, son investissement prend une dimension pleinement internationale quand il est nommé en 2004 président de l’Etablissement Public du Jeu de Paume, consacré à l’Art de la photographie, et au Conseil International de la Tate Gallery dont il est membre.

Ce qui caractérise les programmes de ces nouveaux mécènes, à chaque fois, c’est le côté rigoureux et complet du développement, qui en font à chaque fois des projets complet et inventifs adossés à des partenaires solides. La nouvelle génération de philanthropes est en train de développer une nouvelle manière, efficace, rayonnante, de participer à l’une des faces éthiques du capitalisme.

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3 commentaires so far
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Article intéressant. Il y a effectivement une évolution du mécénat et de la philanthropie aujourd’hui. On verra si la tendance se poursuit, notamment en France.

Commentaire par Bertrand

Le passage d’un certain type de paternalisme social à du business éthique est assez passionnant en termes d’évolution de la société.

Commentaire par Patrick

En ce qui concerne Ariane de Rothschild, voir la vidéo ci-dessous au prix de l’entrepreneur 2009 :

Commentaire par Jazz




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