Ethique & Entreprise


L’entrepreneuriat social: de Jean Monnet à Bill Gates
juin 2, 2009, 11:47
Filed under: entrepreneuriat social

Dans son rapport spécial de mars 2009 consacré à l’entrepreneuriat, le magazine britannique « The Economist » définit un entrepreneur comme « quelqu’un qui apporte une solution innovante à un problème ».

Sur base de cette définition et bien qu’une définition précise de l’entrepreneuriat social fasse encore l’objet de nombreux débats entre académiciens et leaders du mouvement, un entrepreneur social peut être décrit comme quelqu’un qui apporte une solution innovante à un problème social. Les problèmes sociaux traités par ces entrepreneurs peuvent être très divers : l’environnement, l’accès à l’éducation, les soins de santé, l’alimentation,…

Plusieurs individus ayant marqué l’Histoire, sont aujourd’hui assimilés à des entrepreneurs sociaux. L’un des exemples le plus fréquemment cité est Jean Monnet en tant qu’architecte et père fondateur de l’Europe. Cependant, depuis une dizaine d’années, le mouvement s’est considérablement accéléré. Les initiatives d’entrepreneurs cherchant à résoudre les problèmes les plus pressants de la planète se sont multipliées et ont gagné en visibilité. Autour de ces entrepreneurs, plusieurs organisations d’envergure mondiale visant à promouvoir leur développement, se sont mises en place.

C’est le cas d’Endeavor ; une organisation qui œuvre depuis 1997 au développement des entrepreneurs sociaux dans les pays émergents, en les accompagnant dans leur stratégie et en leur facilitant l’accès au capital. En 2008, les revenus totaux des entrepreneurs d’Endeavor s’élévaient à $2.1 milliards (€1.5 milliards) ! Dans son livre « The World is Flat », l’écrivain et journaliste Thomas Friedman, qualifie Endeavor de « world’s best anti-poverty program of all».

La co-fondatrice et actuelle CEO d’Endeavor est Linda Rottenberg. Cette année, elle fût invitée à ouvrir la 10ème conférence sur l’innovation sociale de l’Harvard Business School. Dans son discours plein d’optimisme et d’espoir, Linda Rottenberg retrace le chemin parcouru par les pionniers du mouvement. Elle a identifié 3 moments, décisifs selon elle, dans l’universalisation du mouvement, qu’elle appelle  « la théorie des grands hommes de l’entrepreneuriat social » :

–       Lorsque Bono, chanteur du groupe U2, lance la gamme des « Red Products » pour combattre le Sida en Afrique, il passe du statut de rock star à celui d’entrepreneur social. Immédiatement, il rend l’activisme social « cool ».

–       En attribuant  le prix Nobel de la Paix à Muhammad Yunus pour son action avec la Grameen bank et son innovation du micro-crédit, le comité norvégien du Nobel donne au mouvement une icône mondiale.

–       En quittant, sa fonction de CEO chez Microsoft pour se consacrer pleinement à sa fondation, et en promouvant un « capitalisme créateur d’un marché devant réduire les inégalités », Bill Gates amène le mouvement « mainstream »…

Ces trois moments-clés permettent de comprendre l’ampleur prise par le mouvement mais également de mieux appréhender le concept dans son ensemble.

En effet, si ces moments ont une valeur hautement symbolique, l’entrepreneuriat social est plus qu’une mode ou une tendance. Comme l’explique la fondatrice d’Endeavor, les initiatives prises par Bono, Yunus et Bill Gates, montrent que les entrepreneurs sociaux sont des « problem-solvers » plus que des idéalistes, c’est l‘innovation qui les motive et non la charité et enfin ils utilisent des stratégies entrepreneuriales afin de réaliser le changement social.

L’entrepreneuriat social est donc une réalité qui s’accélère et qui par sa réussite montre que les innovations devraient davantage servir les problèmes sociaux. Aujourd’hui bien que le modèle ait fait ses preuves, Linda Rottenberg pointe l’accès au capital comme l’un des enjeux majeur qui pourra amener l’impact social une étape plus loin. En effet, plusieurs leaders du mouvement s’accordent à dire que les donations entretiennent la dépendance et qu’il n’y aura jamais assez de donations pour soutenir toutes les initiatives. En revanche, en devenant une opportunité d’investissement à part entière, le mouvement pourra d’une part évoluer beaucoup plus rapidement et d’autre part étendre considérablement son impact. En effet, si tous les entrepreneurs sociaux ne recherchent pas la rentabilité économique, de nombreux exemples montrent qu’il est non seulement possible mais surtout bénéfique de concilier intérêts économiques et sociaux.

Comme l’a dit Kofi Annan, (paraphrasant lui-même Victor Hugo), « l’entrepreneuriat social est une idée dont le temps est venu…» !

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Un commentaire so far
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Je crois effectivement fort dans la vertu d’un entreprenariat social qui sera à la fois économiquement viable et vecteur de changement vers une société mieux gérés. Les grandes entreprises ont d’ailleurs intérêt à prendre le pas s’ils ne veulent pas se voir passer sous le nez de nombreux talents.En effet, on constate que la génération Y souhaite de plus en plus travailler dans une entité aux valeurs éthiques fortes.
À ce propos j’ai eu l’occasion d’interroger un jeune entrepreneur social qui me confirmait cette tendance de fond. La chair éthique de son ancienne école de commerce rencontre un tel succès que les places ont du mal à suivre. (http://www.entrepriseglobale.biz/2317/2009/csr-ethique-sens-recrutement-talents-pme/)

Commentaire par Thomas




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