Ethique & Entreprise


Le banquier le plus puissant de Suisse… est une banquière éthique !
juin 14, 2010, 9:11
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Le nouveau visage de la dynastie Rothschild est féminin. Il est incarné par Ariane de Rothschild, épouse du baron Benjamin de Rothschild. Financière chevronnée, la «femme de banquier» est devenue la banquière du groupe Edmond de Rothschild, en accédant dès 2008 aux principaux conseils. La jeune femme franco-allemande personnifie un nouveau modèle de réussite féminine.

Une certitude: la relève dynastique sera assurée, elle aussi, par une femme, le couple Ariane et Benjamin ayant eu quatre héritières. Aujourd’hui, Ariane de Rothschild leur montre la voie, en s’impliquant activement dans toutes les entités du groupe.La Banque privée Edmond de Rothschild, c’est le somptueux décor de l’établissement du quartier des banques, ses tapisseries chaleureuses, son mobilier d’époque, sa cuisine gastronomique. Mais c’est aussi les œuvres d’art ultramodernes choisies, une à une, par la baronne Benjamin de Rothschild.

La modernité, elle l’incarne au plus haut niveau, comme en témoigne son bureau de la rue de Hollande. Vice-présidente du holding du groupe depuis novembre dernier, cette séduisante femme de 45 ans est devenue le bras droit indispensable de son mari. Pour la première fois, elle parle à des journalistes suisses.Ils se sont connus en 1993, quand Ariane avait 28 ans, et qu’elle s’appelait encore Langner.

Aujourd’hui, cette patronne d’un genre nouveau qui a fait carrière dans les salles de trading revient, pour Bilan, sur son parcours aussi brillant qu’atypique.La vice-présidente du holding le concède: «Il est inhabituel de voir un mari et une femme dirigeants d’un même établissement, c’est pourtant notre conception du capitalisme familial».

La baronne est admirative de son mari pour son côté avant-gardiste, et pour la confiance qu’il lui accorde. «J’ai la chance d’avoir un mari qui a souhaité partager avec moi ses responsabilités», dit-elle.

Le baron Benjamin préside. Il s’occupe de la stratégie du groupe. «Il a une vision originale des affaires», dit de lui Ariane de Rothschild. Rencontré il y a six ans par Bilan, le plus puissant des Rothschild avait témoigné, comme son épouse, d’un rapport très direct aux gens comme aux choses. Surdoué, intuitif et rapide.

Benjamin de Rothschild serait-il pour cela incompris par ses pairs banquiers? «Il ne faut jamais le sous-estimer, affirme son épouse. A la mort de son père, le groupe financier employait 600 personnes contre 2700 aujourd’hui. La masse d’avoirs sous gestion et administration est passée de 20 à 143 milliards milliards de francs fin 2009». Face à ce changement de taille, ne souhaitant pas être prisonnier d’un agenda trop chargé et de contraintes trop régulières, Benjamin de Rothschild avait besoin de pouvoir s’appuyer sur quelqu’un dans les conseils. Sa femme était la candidate idéale.

Ariane de Rothschild surprend avec son autorité naturelle, sa jeunesse, ses compétences techniques, tout cela enrobé d’un léger accent indéfinissable illustrant à la fois son enfance en Amérique Latine, ses origines franco-allemandes, sa jeunesse en Afrique, et ses études aux Etats-Unis… Un profil, en réalité, aussi global que l’est aujourd’hui le groupe Edmond de Rothschild.

«J’ai rencontré Benjamin dans le contexte professionnel», raconte Ariane, «mais il n’était pas évident au départ que je prenne des responsabilités au sein de ce groupe». A l’origine, Ariane de Rothschild s’est occupée des activités non bancaires du groupe : vignobles, hôtels, art, les développant et démontrant par là son sens poussé de l’entreprise.

Mais «très vite, nous avons réfléchi en termes dynastiques, explique-t-elle. Ce qui nous importe avant tout, c’est la pérennité et la gouvernance familiale de notre groupe». C’est alors que ses compétences et son expérience l’ont imposée comme numéro deux naturel. Au demeurant, relève-t-elle, «il aurait été un peu ridicule pour moi d’aller travailler dans une autre banque».

La répartition des rôles est claire: tandis que Benjamin de Rothschild définit la stratégie globale, Ariane de Rothschild s’assure de sa mise en œuvre: «Je suis beaucoup plus disponible que Benjamin, donc on me voit plus que lui», souligne-t-elle. Entre eux, ils débattent des questions importantes: «J’ai sa confiance, mais c’est toujours lui qui a le dernier mot». Elle bénéficie d’une grande latitude, «un regard global nécessaire pour que toutes les entités du groupe se renforcent mutuellement. C’est ce que signifie Concordia dans la devise familiale «Concordia Integritas Industria». Elle se dit très consciente du privilège et de l’obligation attachés au rôle d’actionnaire majoritaire.

Une chose est certaine concernant l’avenir, souligne Ariane de Rothschild: la banque familiale sera un jour dirigée par une femme. Ce sera l’une ou plusieurs des quatre héritières, âgées aujourd’hui de 7 à 14 ans. «Je leur montre la voie, et c’est très important», dit modestement leur mère. La révolution est bien en marche. Quatre filles, «c’est une bénédiction», affirme Ariane de Rothschild. «Nous quittons une tradition qui veut que seul un garçon assure la continuité d’une dynastie». La question de la pérennité du nom Rothschild ne constitue pas un problème non plus: en effet, les héritières peuvent très bien décider de conserver leur nom de jeune fille, et le droit suisse permet à leurs futur(e)s descendant(e)s de prendre le nom de leur mère.

A la maison, «nous avons des débats avec les enfants», raconte-t-elle. «Je leur raconte mes journées. C’est le sens des responsabilités que je souhaite leur transmettre». Pour Ariane de Rothschild, il n’y a rien de plus naturel: «comme mes filles, à travers mes parents, j’ai moi aussi toujours baigné dans les affaires». Les jeunes descendantes devront, de toute façon, avoir un oeil sur le groupe. «Il leur faudra accepter un héritage, avec ses plus et ses moins», constate leur mère, qui les prépare à cette fin. Au delà de l’éducation, elle leur inculque les principes et les valeurs Rothschild, «qui peuvent paraître démodés, dit-elle, mais qui sont essentiels, comme le travail, le respect et surtout comprendre qu’être dans une dynastie, c’est avoir des devoirs».

Etre quatre, reconnaît Ariane, c’est aussi plus facile qu’être seul pour supporter le poids écrasant de la succession. La banquière résume ainsi sa vision de l’argent, qui est aussi celle de la famille: «Etre riche, c’est être responsable. Vous devez montrer l’exemple et travailler d’autant plus. Et il y a beaucoup de travail pour rester riche et faire en sorte que la génération suivante soit suffisamment éduquée pour perpétuer le succès. Cela va bien au-delà de l’argent, c’est tout un patrimoine».

Qu’apporte une femme à l’entreprise familiale? «Une vision différente du temps», selon Ariane de Rothschild: «Le développement durable est une lame de fond destinée à s’imposer».

Elle traduit concrètement ces principes au plan de sa gestion. Actuellement, la banque prépare une charte de développement durable, qui reposera sur la bonne gouvernance, le renforcement d’une offre produits en matière de finance responsable, l’intégration d’une réflexion environnementale dans les pratiques, et la formation des équipes à ces enjeux pour en relayer le message auprès des clients.

Ariane de Rothschild se montre critique envers les pratiques financières des dernières années: «On mettait en avant des valeurs quei je ne trouvais pas correctes. Le concept de l’argent facile avait pris le dessus». Les nouvelles générations, prévoit-elle, au delà des bonus, se soucieront aussi de l’impact social et de l’équilibre entre vie professionnelle et privée. «J’aimerais croire qu’il est possible de remplacer le concept de profit, tourné vers l’intérêt personnel, par le concept de profitabilité qui tient compte de l’intérêt d’autrui et de l’intérêt collectif».

La crise a accéléré cette prise de conscience, et favorisé l’émergence de nouveaux modèles de management dans lesquels la dimension féminine est privilégiée. «Une dimension qui apporte une vision plus globale, moins absolue du profit, un regard à plus long terme». Traduisant cette vision en action, Ariane de Rothschild traite tout avec la même attention: banque, art, vin, immobilier. Car pour elle, la banque fait partie intégrante de cet ensemble. «J’aimerais que les collaborateurs comprennent que toutes les activités relèvent de la même quête d’excellence». En outre, cette vision privilégie des hiérarchies moins pyramidales et plus participatives au sein des entreprises. Ariane de Rothschild réfléchit également à la meilleure façon de valoriser les équipes du groupe à travers ce management contributif. «Je crois beaucoup au talent des collaborateurs à l’interne».

Les valeurs féminines tardent à émerger en Suisse. «Ici, les femmes ont beaucoup de mal», observe-t-elle. En France, le débat sur la parité pour imposer un quota de 40% de femmes dans les conseils fait avancer les choses. «C’est bien. A un moment, il faut forcer la porte. Moi aussi, quelque part, mon mari a forcé la porte pour moi». Ariane de Rothschild a eu la chance de grandir hors des modèles établis, dans un environnement multiculturel. «Mes parents étaient très modernes, n’entretenaient aucun concept de classe sociale, d’appartenance religieuse, de race ou de genre. Cela m’a permis d’aller loin et de faire du trading par exemple, un univers largement réservé aux hommes». C’est sans doute ce qui explique cet air de liberté qui se dégage d’Ariane de Rothschild. Elle rit, témoigne de son enthousiasme et vous parle sans aucune barrière ni retenue. Bref, une femme pleinement installée dans le XXIe siècle.

La jeune Baronne apprécie tout autant la solidité des valeurs Rothschild, qui ont traversé les épreuves du temps. «Notre famille existe depuis sept générations, et elle a su dépasser toutes les crises. Face à celle que nous traversons, la banque résiste bien car elle est très centrée sur ses valeurs.»

La fin du secret bancaire en Suisse n’enlèvera rien, selon elle, aux compétences des banques helvétiques: «Suivre le patrimoine très complexe d’une famille, indépendamment de l’aspect fiscal, est un domaine qui nécessite des compétences élevées. Ce n’est pas un sujet léger ni facile à traiter». Accompagner de nouvelles fortunes restera donc une activité qui distinguera les banques suisses, même si Ariane de Rothschild admet qu’il est «indispensable de s’internationaliser».

Sa foi dans le Vieux-Continent reste forte, même si la zone euro connaît cette année d’énormes difficultés et suscite des doutes. «Je crois à l’Europe, et je souhaite que l’euro survive. Il est vital que l’Union reste forte face à des blocs comme les Etats-Unis et la Chine.»

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Ecole Boulle – le savoir-faire à la française
octobre 22, 2009, 12:58
Filed under: entrepreneuriat social, Mécénat

Par nature, les écoles et lieux d’enseignement constituent des foyers d’engagement déterminants pour les activités de mécénat. En France, du fait de l’emprise très forte du système public sur les structures de formation, ces partenariats ont tardé à s’élaborer. Mais face à la concurrence d’établissements européens mieux financés, il devient indispensable à nos lieux d’excellence de s’ouvrir au secteur privé pour maintenir leur attractivité. Réciproquement, les entreprises qui s’engagent dans le financement ou l’apport de compétences à destination de ces établissements jouent pleinement leur rôle social, et en tirent, à moyen-terme, des bénéfices d’image, de qualification de personnel, de préservation de leur patrimoine immatériel, très au-delà des faveurs fiscales qui peuvent les y inciter ponctuellement.

Témoin de cette évolution, la célèbre école Boulle qui a traversé le XXème siècle en défendant l’excellence de l’artisanat français. Née en 1886, et par là contemporaine de la révolution industrielle, elle demeure le creuset ou s’élaborent de nouveaux savoir-faire nourris de l’expérience de gestes séculaires. Cette cohabitation de tous les instants du ciseau à bois et de l’ordinateur, de la terre glaise et des polymères les plus sophistiqués, qui ne manque pas de surprendre le visiteur enfermé dans l’image d’Epinal de la commode portant le nom d’André-Charles Boulle, suppose une ouverture géographique comme économique toujours en renouvellement. Cette excellence a su convaincre partenaires et mécènes de s’engager au service de sa transmission et son développement. Ainsi les maisons Dior, Givenchy, Guerlain, la marque Veuve Cliquot Ponsardin apportent-elles leur dynamique aux enseignements.

Souhaitons que cette vitrine de la tradition et de l’innovation française soit bientôt suivie par d’autres écoles, par des universités, et pourquoi pas ? par les collèges et lycées de la si frileuse éducation nationale !



Décès de Françis Muguet, père du mécénat global
octobre 19, 2009, 5:01
Filed under: Mécénat

Françis Muguet, nous l’avons appris ce week-end, vient de décéder. Coauteur de la contribution créative, ce chercheur à l’Université de Genève, ancien de l’École nationale supérieure de techniques avancées (ENSTA), était un membre très actif au sein du Sommet Mondial pour la Société de l’Information (SMSI), d’Open Accès (libre accès aux contenus scientifiques), mais aussi de la rémunération des artistes et la protection des libertés fondamentales.

C’est dans ce dernier cadre qu’il avait mis sur pied le mécénat global avec Richard Stallman, cette proposition destinée à fournir une solution au problème du financement des auteurs des oeuvres téléchargées sur Internet.

Le principe du mécénat global est que chaque internaute verse de manière obligatoire une certaine somme d’argent, cette somme n’est ni une redevance, ni une taxe, et est versée au Fournisseur d’ Accès Internet (FAI). Cette somme est ensuite reversée aux sociétés de gestion des droits d’auteur (SPRD). A notre sens, ce concept élargissait à l’ensemble de la société civile le type d’engagement dont nous voulons nous faire l’écho dans ce blog.

Mathieu Pasquini, qui dirige In Libro Veritas, relate que Francis Muguet est l’un des nombreux auteurs à avoir participé au livre « la bataille Hadopi » qui doit sortir ce 29 octobre. Son sujet traitait justement du Mécénat Global. « J’ai décidé de bouleverser le processus d’impression du livre afin d’insérer une nouvelle page : ce livre lui sera dédié ».

Philippe Aigrain
, cofondateur de la Quadrature du Net lui rend cet hommage : «  Francis explorait avec passion les voies d’un internet démocratique. Il était un innovateur passionné et un ingénieur social. En tant que défenseurs du financement mutualisé de la création, nous n’avons sans doute pas su lui témoigner assez tout ce que nous lui devions tous, malgré des désaccords de détail. Le volet financement de la création de la contribution créative, et plus généralement l’idée d’une mobilisation directe des internautes en faveur d’un financement équitable de la création doivent beaucoup aux principes du mécénat global. Sa mort ne nous permet plus de réparer cette injustice. Que dire ? N’attendons jamais pour dire à un ami ce que nous lui devons. »



L’entrepreneuriat social : le meilleur des deux mondes

Pour ceux qui veulent s’engager pour un monde meilleur, et qui veulent y déployer l’ensemble de leurs ressources et de leurs talents, il y a de multiples lieux. Pour certains, le milieu associatif ou les ONG conviennent bien (Emmaüs, Médecins sans frontières, la Croix Rouge), pour d’autre c’est les organisations religieuses, pour d’autre encore la politique, le militantisme ou l’engagement dans la fonction publique, et certains estiment qu’ils œuvrent pour un monde meilleur en apportant au monde qui de l’énergie, qui de l’eau, qui des moyens de transport, qui du rêve, qui un spectacle footballistique… Voici venu un nouvel outil pour améliorer le monde : l’entrepreneuriat social ! Pour les étudiants, les militants, les entrepreneurs, voici une occasion nouvelle… De quoi s’agit-il ?

L’entrepreneuriat social est une approche en faveur du développement économique et social d’une communauté, c’est-à-dire parvenir à enclencher des cycles vertueux qui permettent d’échapper à la trappe à pauvreté ou à la misère ou bien tisser, retisser et solidifier les liens qui font une communauté ou une société. Un beau programme !

Mais quelle est sa spécificité ? Il faut mettre l’accent sur ce que cela n’est pas : ce n’est pas de la charité ou de l’assistanat. L’idée est de refuser l’assistanat et d’appliquer les méthodes et le dynamisme de l’entreprenariat, dans son sens le plus noble. Dans son rapport spécial de mars 2009 consacré à l’entrepreneuriat, le magazine britannique The Economist définit un entrepreneur comme « quelqu’un qui apporte une solution innovante à un problème ». L’entrepreneur social identifie et applique des solutions pragmatiques à des problèmes sociaux en associant innovation, gestion durable des ressources et sens pratique, dans un projet d’entreprise qui se doit d’être lucratif, afin d’échapper à l’assistanat et permettre un développement véritable, c’est-à-dire « autoalimenté ».

L’origine des termes Social Entrepreneur et Social Entrepreneurship revient à Bill Dayton, fondateur de l’association Ashoka en 1984, qui s’emploie à soutenir financièrement et structurellement les actions d’entrepreneurs sociaux novateurs. Mais les premières actions qualifiables « d’entrepreneuriat social » sont beaucoup plus anciennes : Florence Nightingdale, par exemple, définit pendant la guerre de Crimée (1854), les méthodes modernes des soins médicaux. De même, Vinoba Bhave, fondateur du India’s Gift Movement au début du siècle, œuvra contre l’industrialisation massive de l’Inde et les influences Marxistes, et lança des réformes agraires pour aider les paysans sans terres.

Aujourd’hui, la figure majeure de l’entrepreneuriat social est Muhammad Yunus, économiste universitaire de formation, fondateur de la Grameen Bank et Prix Nobel de la Paix en 2006. Il se lance aussi dans le micro-crédit pour aider les paysans indiens les plus pauvres. Il exporte son innovation dans d’autres pays dès 1983 et diversifie son activité (textile, téléphonie, production d’électricité par énergie solaire…). Il a mis en place de nombreux partenariats avec de grandes entreprises, notamment françaises, comme Danone ou Veolia.

L’entrepreneuriat social s’est fortement développé aux Etats-Unis, ou l’expression « Social Enterprise Initiative » a été lancée en 1993 par la Harvard Business School, puis par d’autres grandes universités (Columbia, Yale) et diverses fondations qui mettent en œuvre des programmes de formation et de soutien aux entrepreneurs sociaux et aux entreprises sociales. L’idée d’entreprise sociale désigne principalement des activités économiques marchandes mises au service d’un but social.

En Europe, l’entrepreneuriat social a aussi fait son apparition au début des années 1990 sous une impulsion italienne. En 1991, l’Italie crée en effet un statut spécifique de « coopératives sociales » qui se développent alors fortement, notamment pour répondre à des besoins non ou mal satisfaits par les

Services publics. En France, il s’inscrit dans la continuité de ces initiatives portées par l’économie sociale et solidaire, notamment celles qui ont émergé au cours des dernières décennies : entreprises d’insertion, entreprises adaptées, nouvelles formes de coopératives : Société coopératives d’Intérêt collectif (CIC), services aux personnes, activités liées aux champs de l’environnement et de la solidarité… Les grandes écoles s’y sont mises : l’ESSEC a lancé une Chaire d’Entrepreneuriat Social il y a quelques années (avec Thierry Sibieude de l’Institut Territoires, Entreprises et Société Anne-Claire Pache de l’association Uni-Cité). Récemment, le Parlement des Entrepreneurs d’avenir s’est tenu en France.

Les projets sont nombreux. Ils visent à participer au développement humain. Par exemple, Bill Gates, a quitté sa fonction de PDG chez Microsoft pour se consacrer pleinement à sa fondation humanitaire, Bill-et-Melinda-Gates, qui a pour objectif d’apporter des innovations en matière de santé et d’acquisition de connaissances à la population mondiale. Mais ils cherchent aussi à promouvoir le dialogue et l’échange. Par exemple, les « lauréats Ariane de Rothschild » de la Columbia Business school a rassemblé récemment des entrepreneurs sociaux juifs et musulmans pour un programme de deux semaines afin de les aider à œuvrer à resserrer les liens entre communautés.

Les initiatives et les idées sont donc infinies : l’entrepreneuriat social est un terrain majeur d’innovations pour essayer de dégager de nouvelles façons de sortir de la pauvreté et de tisser des liens…



Une plate-forme web pour favoriser le mécénat de compétences
juin 10, 2009, 4:11
Filed under: entrepreneuriat social, Mécénat

entrepreneuriat-social.mobee.org est une plate-forme mutualisée destinée à favoriser les mécénats d’entreprise dans le domaine de l’économie sociale et solidaire.

La plate-forme web permet de favoriser les synergies entre:
♥ des entreprises engagées au titre du mécénat et leurs salariés et retraités;
♥ des bénéficiaires: toute organisation œuvrant dans le domaine de l’économie sociale et solidaire.

Ces différentes catégories d’acteurs entrent en relation sur la base d’offres et dedemandes.

Les organisations bénéficiaires expriment des demandes correspondant aux besoins de leurs projets. 
Les entreprises y répondent par leurs 
offres: apports en compétences, in situ ou en ligne, via les salariés et retraités de l’entreprise, apports financiers, en nature, en technologie ou en logistique.

es_01.pngentrepreneuriat-social.mobee.org favorise particulièrement les apports enmécénat de compétences en proposant une interface spécifique: les entreprises mécènes adhérentes au réseau ont la possibilité de mobiliser leurs salariés et retraités afin qu’ils participent bénévolement aux missions — sur le terrain ou bien en ligne — demandées par les organisations bénéficiaires.



La nouvelle génération de philanthropes : les exemples d’Antoine de Galbert, Ariane de Rothschild, Alain-Dominique Perrin

Les Américains ont Warren Buffet ou Bill Gates : une culture de la philanthropie, assurée par des entrepreneurs ayant réussi et restituant une partie de leur fortune à la société. Qu’en est-il en Europe ?

En France, l’idée de philanthropie paraît un peu « vieillotte », associée à la séculaire charité, ou au « paternalisme social » des industriels du XIXe et XXe siècle. Autour de l’usine, la famille mettait en place un ensemble de services qui permettaient de stabiliser et d’attirer une main d’œuvre mobile. On préfère le mot « mécénat », qui charrie un univers mental artistique et nous ramène à l’ère d’Octave. Ou bien on laisse entendre que l’Etat providence s’occupe de tout, comme le constatait Pierre Rosanvallon dans son petit essai La Crise de l’Etat Providence, au milieu des années 1980.

Or la philanthropie a changé. Comme le note Jean-Michel Carlo à Sciences-Po, « quel point commun entre l’initiative de Bill Gates dont le budget de la fondation du même nom dépasse celui de l’OMS, l’opération coup de poing des Enfants de Don Quichotte, qui avec deux cents tentes et 13 000 euros a permis de mobiliser l’opinion publique française sur le sort des mal logés, ou l’engagement d’un homme d’affaire français, Jean-Pierre Scotti qui en créant la Fondation Greffe de Vie en fait un acteur désormais incontournable du combat pour le don d’organes en France ? Spectaculaires ou discrètes, ces initiatives signalent un renouveau de l’action philanthropique. » Comme le montrent ces exemples, la philanthropie est devenue un enjeu social, économique et politique colossal. En conséquence, « dans ses formes historiques les plus évoluées la philanthropie nécessite une réelle « professionnalisation » des philanthropes dont la démarche ne peut être guidée par la seule générosité mais aussi par une exigence constante de rigueur, d’évaluation et d’efficacité sociale. »

Certains acteurs français semblent l’avoir compris, comme le montre les exemples d’Antoine de Galbert, Ariane de Rothschild, Alain-Dominique Perrin.

Antoine de Galbert est un des héritiers du groupe Carrefour, né en 1955. Lui-même gérant d’entreprises après avoir obtenu un diplôme en sciences politiques, et surtout grand amateur d’art contemporain, il construit peu à peu une collection qui prend de plus en plus de place dans sa vie. C’est alors qu’il choisit de la réunir autour d’une fondation d’intérêt général, et d’un lieu, La Maison Rouge (10 Boulevard de la Bastille à Paris), qui se propose de promouvoir les différentes formes de la création actuelle au travers de la présentation d’expositions temporaires. On se fera une idée du style du personnage, passionné et accessible, sur cette video :

Un V.I.P, une oeuvre n°2 – Antoine de Galbert (1/2) – Ma-Tvideo France3

Ariane de Rothschild est l’épouse de Benjamin de Rothschild, qui dirige le groupe LCF-Rothschild, la principale banque de la famille Rothschild. Française, née à San Salvador, diplômée d’HEC et d’un MBA d’une grande université new-yorkaise, elle a travaillé sur les marchés financiers et joue aujourd’hui un rôle majeur dans les instances de gouvernance du groupe. Elle est l’exemple même de cette nouvelle génération de philanthropes français, doués à la fois des capacités de gestion et d’une vision globale des problèmes.

Pour qui connait le secteur de la philanthropie, Ariane de Rothschild est un acteur essentiel, mais il est difficile de retracer tous ses engagements, tant cette philanthropie se veut discrète et pudique.

Benjamin et Ariane de Rothschild gèrent aujourd’hui des fondations créées par des membres de la famille dans les deux siècles passées, en France, en Suisse, aux Etats-Unis, en Espagne…. L’une des plus connues a été créée en 1905 : c’est la Fondation ophtalmologique Adolphe de Rothschild.

Mais Ariane de Rothschild les développe dans quelques secteurs qui leur paraissent essentiels. Quand on examine les différents domaines d’intervention, le fil conducteur paraît être l’éducation, la formation des esprits.

On retrouve tout d’abord la recherche médicale, notamment par l’intermédiaire de la Fondation Edmond de Rothschild pour le développement de la recherche scientifique (aide à des fondations ou des universités, financement de recherches…).

Un  autre axe a trait à l’art et à la culture, à la fois dans l’art contemporain, avec le prix Ariane de Rothschild, dans la décoration ou dans les arts appliqués (appui à l’école Boulle). Le prix d’art contemporain, décerné soit au Portugal soit en Belgique, récompense un entrepreneur en lui offrant non pas de l’argent mais en lui permettant de séjourner dans une école britannique prestigieuse pendant 6 mois.

Enfin, on peut trouver un troisième axe dans le dialogue interculturel. Le « Ariane de Rothschild Fellows Program » à l’Université Columbia est l’exemple le plus connu : destiné à des pour des entrepreneurs sociaux juifs et musulmans, il est destiné à encourager le dialogue, à contribuer à créer des liens, à favoriser des projets sociaux innovants. On peut s’y inscrire en France, par La Ruche.

Alain-Dominique Perrin, pour sa part, est un self-made man à la française. Né en 1942, rentré chez Cartier comme attaché commercial, il accède en 1981 à la présidence du directoire du groupe. En 1984, il crée, avec la complicité du sculpteur César,  la Fondation Cartier pour l’Art Contemporain, à Paris, afin de rendre hommage à la création vivante, de l’encourager et de la défendre. Véritable vitrine de la création contemporaine, la fondation a été la première à monter des expositions thématiques autour de sujets divers de notre société : Ferrari, les Années 80, la vitesse, ou la mode, attirant des dizaines de milliers de visiteurs.  Auteur du Rapport « Mécénat français » qui devait donner naissance à la Loi Léotard en juillet 1987, son investissement prend une dimension pleinement internationale quand il est nommé en 2004 président de l’Etablissement Public du Jeu de Paume, consacré à l’Art de la photographie, et au Conseil International de la Tate Gallery dont il est membre.

Ce qui caractérise les programmes de ces nouveaux mécènes, à chaque fois, c’est le côté rigoureux et complet du développement, qui en font à chaque fois des projets complet et inventifs adossés à des partenaires solides. La nouvelle génération de philanthropes est en train de développer une nouvelle manière, efficace, rayonnante, de participer à l’une des faces éthiques du capitalisme.



Du bon usage de sa fortune : les capitalistes philanthropes
avril 26, 2009, 4:16
Filed under: dons, Mécénat

john-d-rockefeller-03A l’heure où, dans un contexte de crise financière, les dérives du capitalisme sont brocardées tous azimuts, rappelons quelques figures célèbres d’hommes d’affaires ayant consacré une partie substantielle de leur fortune à des causes humanitaires ou au mécénat. Du bon usage de sa fortune…

– John Davison Rockefeller (1839-1937, en photo ci-contre), magnat du pétrole américain : il créa en 1913 la Fondation Rockefeller toujours très active de nos jours, destinée à promouvoir le progrès scientifique dans tous les pays du monde. Celle-ci permit à l’époque de développer les écoles noires dans le sud des États-Unis.

– Andrew Carnegie, industriel Américain d’origine écossaise donna au début du XXe siècle plus de 380 millions de dollars à diverses fondations. Il créa environ 2 500 bibliothèques publiques gratuites aux États-Unis qui portent son nom, les Carnegie Libraries (la plus connue est la New York Public Library). Il finança 65 bibliothèques annexes dans la ville de New York. Il aida également les institutions culturelles (musées, Carnegie Hall, California Institute of Technology, etc.), les églises et les parcs publics.

– Plus récemment, Bill Gates a décidé de consacrer 95% de sa fortune à la lutte contre les maladies et l’analphabétisme dans les Pays du Sud. La fondation Gates, créée en 2000, a déjà dépensé 9,26 milliards de dollars, en particulier pour vacciner 55 millions d’enfants.

– Warren Buffett a annoncé le dimanche 25 juin 2006 son intention de donner quelque 37 milliards de dollars, soit 29,6 milliards d’euros, à des organisations caritatives dirigées par son ami Bill Gates et par des membres de sa propre famille. Cette décision, qui porte sur plus de 80% de sa fortune, constitue la plus grosse donation individuelle jamais réalisée aux États-Unis devançant très largement les autres philanthropes de l’histoire.